Dieu est un voleur qui marche dans la nuit – Quentin Bruet-Ferreol

C’est l’histoire vraie d’une secte qui a choqué le monde en mars 1997 lorsqu’un appel anonyme a poussé un policier de San Diego en Californie à entrer dans un manoir de millionnaire au milieu d’une résidence ultra-riche et y faire une macabre découverte. l’Amérique entière a découvert trente-neuf corps dans des lits superposés, habillés de sortes de vêtements amples et noirs, recouvert d’un tissu en losange violet cachant leur visage, tous avec les mêmes baskets aux pieds, et tous portant un insigne triangulaire portant des mentions relatives aux ovnis.

Dans certaines pieces se trouvaient de nombreux ordinateurs allumés sur un site « The Heaven’s Gate », le nom que porterait cette secte. Des centaines de pages remplies d’un charabia ésotérique-Martien-Catholique-Bouddhiste, et d’une foi aveugle dans ce leader, appelé Do. Cet homme avec les yeux complêtement écarquillés, a rassemblé ces trente-huit personnes pour un voyage vers l’au-delà. Ils devaient embarquer dans un vaisseau spatial extraterrestre, qui se cachait dans la queue de la comète Halle-Bopp. Des dizaines et des dizaines de cassettes VHS sont retrouvées, des heures de « prêche » de Do, se présentant lui-même comme un extraterrestre, aidant ses adeptes à parvenir à l’état d’individu « au dessus de l’humain ». Des cassettes avec chaque adepte, assis sur une chaise de plastique blanc, coiffé « au bol », femmes ou hommes, tous un peu androgynes, parlant de leur « départ » avec une grande joie, allégresse et même excitation.
Lorsque l’auteur de ce livre, journaliste spécialisé dans les mouvements sectaires s’aperçoit un jour que le site de cette secte est toujours actif, vingt ans après, il se rend compte qu’il y a donc des gens qui ont pour mission de maintenir le site tel qu’il était dans les années 90. Alors qu’à l’époque il n’y avait que 1,7% de la population mondiale qui était connectée au Web.

Quentin Bruet-Ferréol a cherché et trouvé des interlocuteurs qui se disent encore adeptes de cette secte, et qui s’en veulent de ne pas être « partis avec eux« , ou qui en veulent à Do de ne les avoir pas prévenus, et d’anciens adeptes s’étant dégagés de la secte avant ce suicide de masse. Présenté comme un roman, l’auteur se sert de témoignages et de recoupements pour retracer l’itinéraire de ce leader, avant qu’il se fasse appeler Do, lorsqu’il se déplaçait avec sa « compagne/déesse/savante » depuis le milieu des années 1970. Comment se sont-ils retrouvés à séduire des jeunes et des plus âgés, dans ces moments où toute la jeunesse américaine se cherchait, cherchait un sens à leur vie. Un personnage principal, Barthélemy sera le fil rouge de la reconstitution, de ses pensées, des pensées de la plupart des adeptes, à accepter de délaisser leurs biens, de s’éloigner de la sexualité, des rapports de couple (six des victimes hommes se sont fait castrer chirurgicalement), comment les deux leaders, s’appelant d’abord « Rat » et « Laboratoire » ont réussi à séduire, hypnotiser, laver le cerveau, contrôler des centaines de gens. Avec une écriture brillante et détachée, avec pas mal d’humour dans les formulations : « Comme tant d’autres, Barthélémy était parti avec une fleur dans les cheveux et revenait avec des poux sur la tête » (p.87)

Le titre est une citation de la Bible, parce que les deux leaders (la femme étant morte avant, de maladie) se prélassaient dans de grands hôtels et mangeaient dans de grands restaurants, avant de s’en aller pour payer, avec pour excuse qu’ils étaient des Dieux. Alors qu’ils prônaient l’ascèse chez leurs adeptes, et contrôlaient leur nourriture et leurs actions.

On découvrira que seul le culte de la personnalité de cet homme, Do, cherchant à se faire connaître d’une manière éclatante, échouera à tous ses essais pour faire parler de lui, jusqu’à décider, en fin de compte, que le suicide collectif serait la solution.

C’est étonnant, intéressant, cette manière de raconter cette quête des leaders, celle des adeptes, essayant de trouver un sens à leur vie, leurs réactions, leur cheminement pour arriver jusqu’à ce geste ultime. Un livre éclairant sur l’emprise que peuvent avoir des cerveaux dérangés sur des hommes et des femmes fragiles. Et surtout, ce fut la première secte de l’Âge d’Internet.

Dieu est un voleur qui marche dans la nuit – Quentin Bruet-Ferreol, ed Bouquins, 440 pages, Janvier 2022

Des adeptes continuent sur Youtube : les délires de « Do » y sont !!!

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