La petite menteuse – Pascale Robert-Diard

L’avocate Alice Keridreux sort de la salle du Tribunal de la Cour d’Assise ; elle est fatiguée, et elle n’a pas réussi à empêcher la condamnation de son client, un meurtrier. Elle rejoint son cabinet, où son assistante lui indique qu’elle a un rendez-vous de dernière minute. Une jeune fille qui veut la voir, maintenant.

Cette jeune fille, Lisa Charvet, explique qu’il y a sept mois, elle a fait condamner un homme à dix ans de prison, Marco Lange, un plâtrier, pour l’avoir violée. Cet homme a fait appel se disant innocent, le procès en appel se tiendra dans quatre mois. Lisa dit à cette avocate qu’elle veut changer d’avocat, que ce soit une femme qui soit son avocate, et elle veut que ce soit elle, Maître Keridreux, qui devienne son avocate. Elle lui apporte son dossier en entier, le pose sur le bureau, et dit : Marco Lange est innocent, il ne m’a pas violée. Alice Keridreux est secouée, elle se souvient de ce procès. Elle donne un rendez-vous à Lisa Charvet dans quelques jours, pour qu’elle même aie le temps d’étudier le dossier.

Au premier rendez-vous, Alice demande à la jeune Lisa, maintenant vingt ans, de raconter depuis le début son histoire, lorsqu’elle avait quinze ans. Alors Lisa raconte la famille, le divorce des parents, la sensation de ne rien valoir à côté de sa soeur Solène qui réussit tout, elle se sent mal dans sa peau, mais d’un coup, à treize ans, elle remarque que sa poitrine se développe, mais vraiment. Elle est mal à l’aise mais voit bien que d’un coup toute la gente masculine la regarde quand elle passe, au Lycée, celle qui se trouvait inintéressante est abordée par tous les garçons, et surtout un pour lequel elle « craquait », en secret. Les baisers, les attouchements, deux autres garçons, et elle se rend compte qu’ils l’ont filmée. La vidéo est partagée, c’est le « revenge porn« .

Lisa, au fur et à mesure des entretiens avec son avocate, raconte comment ce choc la plonge dans une spirale : elle ne mange plus, s’habille de façon informe, se cache, évite les autres qui l’appellent « La Salope du Lycée ». Bientôt des professeurs s’inquiètent, sa meilleure amie aussi, ses parents sont convoqués : il semble que quelque chose de grave s’est passé, qu’il n’ont rien vu. Et c’est ainsi que les paroles des uns et des autres, voulant aider Lisa qui ne parle pas, qui ne dit rien, qui baisse la tête, vont désigner, au bout du compte, Marco Lange, pour son attitude suspecte et son alcoolisme lorsqu’il a fait des réparations chez les Charvet. D’un coup Lisa se sent enfin protégée, câlinée, aimée par sa famille et ses amis, de nouveau.…….

Excellent roman sur le fonctionnement de la justice, sur les dérives du harcèlement, sur la parole des enfants et des autres victimes, là où enfin une jeune fille finit par avoir le grand courage de dire « il est innocent, il ne m’a pas violée. »

C’est un casse- tête, un défi pour cette avocate qui réfléchit longuement à ce procès qui arrive, et qui décide d’épauler et de défendre celle qu’on appellera forcément « La petite menteuse ».

L’auteure, journaliste et chroniqueuse judiciaire, signe ici un roman d’une grande intensité, et prouve que tout peut arriver, même une erreur judiciaire, lorsque les victimes ne sont pas entendues correctement et avec des intervenants qui peuvent les aider.

J’ai eu une surprise qui m’a mise hors de moi hier lorsque je suis allée sur Babelio, à la page de ce livre, j’ai vu des « critiques » de gens qui avaient visiblement eu le livre en service presse (vu les dates des critiques, juillet, août etc alors que le livre est sorti le 18 août). Il y a visiblement au moins trois personnes qui n’ont pas lu le livre, et d’autres qui ont dû lire trois pages. Cela a donné des petits articles disant « J’ai ressenti de la gêne à cause de #metoo et ça risque d’empêcher des victimes de parler » voilà la teneur de leurs avis. Je me suis mise en colère et commenté en disant : connaissez vous au moins l’affaire Loïc Sécher (voir ici)? Que les erreurs judiciaires arrivent car si des personnes en détresse laissent accuser quelqu’un quasiment au hasard, il en faut, du courage pour réparer ça ! Et pour les avocats, se retrouver dans la situation de défendre quelqu’un qui vient dire « J’ai accusé un innocent », ce n’est pas très facile, de se battre pour libérer un accusé à tort, déjà en prison depuis des années.

Un beau travail de psychologie de l’auteure pour ces deux personnages, et bravo. Superbe roman, très prenant.

Maintenant pour les critiques des SP sur Babelio, pousser des cris d’orfraie en hurlant au scandale, à l’anti #metoo, à la Parole des Victimes, un conseil : lisez ce livre, Jusqu’au bout. Vous l’avez eu gratos, moi j’ai payé 20 euros comme le lecteur lambda et c’est bien comme ça. Et prenez un peu de recul. Réfléchissez.

La petite menteuse – Pascale Robert-Diard, editions l’Iconoclaste, 18 Août 2022, 215 pages

11 commentaires

  1. Je te rejoins, certains retours sp sur Babelio sont « étranges. » Comme si le fait de recevoir un roman amenait forcément un avis très positif. Le roman dont tu nous parle aborde un sujet très intéressant : la prétendue victime a t’elle tous les droits parce qu’elle est une femme, tandis que l’homme serait un prédateur, une menace potentielle parce que « homme. » Je caricature le mouvement ME-TOO, mais il y a un point de vue qui semble intéressant dans ce roman. Merci pour ce beau retour 🙂

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