L’homme peuplé – Franck Bouysse

J’étais méfiante, ce 18 août, en faisant mes achats de la rentrée littéraire. Franck Bouysse, j’ai aimé certains de ses livres, sauf « Glaise », et je n’ai pas du tout aimé le dernier, enfin « Buveurs de vent »mais j’ai quand même acheté celui-ci. Et j’ai bien fait. C’est un livre qu’on lit d’une traite.
L’histoire : Harry, jeune écrivain dont le premier roman a conquis une très large audience, qui est reconnu par les médias, les lecteurs, les intellectuels, toute la société, a déjà recu une avance de son éditeur pour le futur deuxième roman. Après un essai qu’il a trouvé raté, cela fait cinq ans qu’il n’a plus écrit un mot. Cinq ans à profiter encore de l’aura de ce premier roman. Presque dans un moment de désespoir, il décide de s’éloigner de son monde parisien, de ses habitudes. Sur un coup de tête il achète une maison isolée, dans le centre de la France, dans un village pratiquement désert, pour se forcer à vivre autrement, et enfin, peut-être, écrire quelque chose de qualité.

Les chapitres sont intitulés du nom du narrateur. Il y en a deux : Harry, l’écrivain, et Caleb. Caleb vit dans sa ferme avec sa mère, au lieu-dit du Bélier. Il ne sait pas qui est son père, et sa mère ne se prive pas de lui répondre vertement qu’il ne le saura pas, il n’existe pas, il n’y a rien de pire que la chair, elle a bien essayé de se débarasser de ce rejeton maudit qui vivait en elle, mais il était trop bien accroché, et voilà Caleb, un homme dans la force de l’âge…. La mère est considérée comme « La Sorcière » par les gens du coin. Elle et Caleb ne voient presque personne, occupés à la terre, aux moutons, aux soins des animaux. Caleb et sa mère considèrent que les humains doivent disparaître, tant ils ont cait de dégâts sur cette terre. Et lorsque la mère meurt, elle lui transmet son « don ». Barrer le feu, guérir les animaux, et surtout pas les humains. Et trouver les sources.

Harry, lui, découvre une vieille maison plus que centenaire, aussi au lieu-dit du Bélier, le mandataire qui la lui a vendue dit que le propriétaire, Paul Privat, n’a pratiquement rien voulu garder de cette maison, il habite à l’autre bout de la France, il laisse donc l’habitation de sa mère, propre et meublée à l’ancienne. C’est l’hiver, la neige et la brume règnent autour de la maison. Il a emporté avec lui sa musique classique, son premier roman, et ses livres bien-aimés. Il y a une cuisine pièce à vivre, deux chambres. Le mandataire lui a dit comment chauffer, mais pour les premières nuits, Harry traîne un matelas dans la cuisine, espérant que la maison se réchauffe, avec un vieux radiateur à bain d’huile. Et il découvre dans une des chambres un vieux livre « Mémoires d’un paysan au XXe siècle »….. pour sa première nuit, il a juste ça, il n’a pas encore sorti toutes ses affaires de son 4×4. Autour de la maison, la brume sur la neige offre une vision presque surréelle du monde. Le givre dessine des fleurs sur les vitres, le vent souffle par dessous la porte, et en pleine nuit, il entend des hurlements. Parfois, il voit une silhouette, de l’autre côté de la combe, il sort, avance, et ne voit plus rien. Ces cris, ces bruits qui le réveillent la nuit…

Au village, situé à cinq kilomètres, il n’y a personne. Les maisons sont tristes et aveugles. Personne dans la rue, seul le commerce qui fait dépôt de pain, alimentaire, droguerie qui et sert des cafés est ouvert. Paul a des courses à faire. Et il tombe immédiatement sous le charme de Sofia, propriétaire et vendeuse de ce magasin. Harry pose des questions sur l’environnement de sa maison, explique où il est et d’où il vient, mais il n’aura aucune réponse, ni de la part de Sofia, ni du secrétaire de la Mairie, ni du Maire qui se déplace jusque chez lui pour l’accueillir. Et parfois, lorsqu’il revient avec ses provisions, il trouve des traces de pas, et il remarque parfois que des choses ont bougé chez lui.. Tout ça semble bizarre à Harry. Cette tristesse. Ces prés et ces champs couverts de neige jusqu’à l’infini. Ce vent qui siffle et a l’air de raconter. Alors Harry fouille le grenier, le sous-sol, et ne trouve rien d’inquiétant. Il s’installe, va chercher des planches puis des briques pour y ranger ses livres. Le temps s’étire, les bruits nocturnes l’angoissent. Une seule idée qui le retient au Bélier, c’est cette solitude choisie. Et c’est aussi Sofia.

On suit Harry, puis Caleb, chapitres qui se croisent, on ne sait pas si ils vivent à la même époque, ou même à quel moment. Ni s’il s’agit de la même maison. Caleb est ligoté par les interdictions de sa mère qui semblent l’empêcher de vivre, même morte il l’entend. Et lorsque lui est approché par une jeune fille du village, il la repousse de toutes ses forces, même s’il ressent un nouveau sentiment.

Deux hommes, deux drames, la froide campagne, le village de taiseux, rempli de mystères et de tristesse, et un peu de surnaturel, voici un roman fichtrement bien construit, qu’on ne peut pas lâcher. Un superbe livre, avec l’ambiance lourde, habituelle aux (bons) romans de Franck Bouysse.

L’homme peuplé – Franck Bouysse, ed Albin Michel, 18 août 2022, 316 pages

5 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s