La colline aux disparus – Tana French

Cal Hooper, ancien flic de Chicago désabusé et avide de tranquillité, se réfugie dans un minuscule village irlandais au sud de Dublin, isolé au milieu des landes aux herbes hautes et des collines battues par le vent. Il a racheté une petite maison presque en ruines, avec quelques meubles abimés, au milieu d’un pré, entourée de pâturages, d’un bois et de haies de buis. Il a hérité également d’un grand chêne qui est le domicile d’un clan de corbeaux, qu’il essaie d’amadouer lorsqu’il se repose sur son porche, après ces journées passées à retaper sa maison. Il se plaît dans sa solitude, loin de Chicago et son climat rigoureux, des bruits de la ville et des crimes. Il est divorcé et a une fille adulte, restée aux États-Unis.
Il a passé du temps à comprendre, à l’aide de son vieux voisin Mart, célibataire endurci, comment vont les choses ici, dans ce village. Les relations sociales sont très codées, il y a des brouilles entre familles depuis des générations, dûes à des broutilles ou des malentendus. Mais les choses sont comme ça, il faut en prendre son parti.
C’est pour ça que ce bon vieux Mart demande à Cal, lorsqu’il va à l’épicerie, de lui ramener ces fameux biscuits à la guimauve car Noreen, qui tient l’épicerie, refuse de les lui commander à cause d’un conflit compliqué qui, dans les années 80, a opposé ses oncles au père de Mart autour d’une affaire de droits de pâturage. Il y a un fermier à qui Mart ne parle pas à cause d’un chien qui aurait sailli la chienne de l’autre sans permission. Cal, l’américain, écoute tout ça en rabotant le vieux bureau, essayant de ne pas se perdre dans les noms à cause de l’accent rocailleux de Mart, prêt à discourir, de son côté du muret qui sépare les propriétés, pendant des heures.
Tout en offrant gracieusement sa compagnie, Mart est un bon conteur, et les légendes locales n’ont (presque) plus de secrets pour Cal. Mart lui a aussi annoncé que Noreen allait essayer de le caser avec Lena, sa belle-soeur, veuve depuis deux ans. Et il accorde finalement sa confiance à Cal jusqu’à l’inviter à venir régulièrement au pub du village, ce qui est au début difficile pour Cal, qui marche sur des oeufs, ayant bien compris qu’on ne dit pas n’importe quoi à n’importe qui, ici.

Entre longues ballades dans les collines, sur les sentiers, dans les bois, et travaux dans sa maison, Cal se fait à son environnement peu à peu, au climat irlandais fait de bruine et de pluies laissant place à du grand soleil, c’est autre chose qu’à Chicago où on est dans le blizzard l’hiver et la canicule l’été. Mart l’a bien prévenu que tous les étrangers qui venaient comme lui vivre dans la campagne irlandaise étaient tous repartis dans les six mois. Mart et ses amis ont placé des paris sur lui.

Un jour, Cal se sent épié, alors qu’il répare un meuble à l’extérieur. Mais impossible de savoir qui, ou quoi. Il ne sait même pas si c’est un animal ou un homme. Prenant son temps, il faudra une bonne semaine avant qu’il ne voie s’approcher un gamin maigrichon, qui ne dit rien mais accepte le sandwich proposé par Cal, et accepte de l’aider à réparer un tiroir. Cal lui passe les outils, lui montre, et le laisse faire. Le gamin s’y prend bien. Au bout de quelques jours le gamin dit son nom : Trey. Il a 13 ans. Il vient aider Cal tous les jours après les cours, et se jette sur le repas, avant de filer. Mais il faudra 3 semaines pour que Trey ait confiance en Cal, et lui explique pourquoi il est là : Il veut que lui, Cal, ancien flic, il le sait car tout se sait, enquête sur la disparition de Brendan, son grand frère, il y a 6 mois. La police locale s’en fiche : la famille en question est pauvre et mal vue. Personne ne leur parle. Ce sont des  » cas sociaux ».

Entre préjugés, loyautés, secrets, rumeurs, chaleur humaine, rigolades, Cal mène une enquête qu’il croit discrète, mais il est vite repéré. Et il devra faire fort pour que ce petit patelin d’Irlande le garde en son sein. Amitié et bienveillance, les hommes et la nature, je retrouve là la Tana French tant aimée, qui m’avait tant décue avec « L’Arbre du Mal« . Ici on la retrouve comme dans « La mort dans les bois » ou dans « Les lieux infidèles » : des thrillers captivants dans la nature irlandaise, au plus profond.

La colline aux disparus – Tana French, Calmann Levy, 460 pages, avril 2022

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