L’ombre du funambule – Stéphane Schmucker

Je préviens : c’est la dernière fois que j’accepte de lire un bouquin à la suite d’un mail d’un auteur. Je n’en peux plus. Pourtant, Stéphane Schmucker était au courant de ma capacité à flinguer, il était ok avec ça, honnêteté avant tout. Cette histoire de « Prix » sur le bandeau, se réclamant également de Claire Favan, m’a fait accepter. Et maintenant j’en suis à douter de l’honnêteté du bandeau aussi….

Ce livre est un thriller. Il est présenté comme tel. J’aime beaucoup les thrillers. Mais j’ai peiné trois soirées pour le lire, tant il était rempli de détails inutiles et lassants. deux petits exemples, rien que dans les premières pages:

On sonne à la porte. le héros, l’auteur, car le récit est à la première personne, au lieu d’aller ouvrir la porte, écrit : « Lorsque je débloquai le loquet supérieur de la porte j’aperçus deux policiers...(..). » Ceci est un exemple du style, non pas ampoulé, mais qui évite les formules simples pour aller vers des explications complexes pour une action ou une pensée qui pourraient être dites en deux mots. Résultat : toute ma lecture a été cahotante, pénible, alors qu’un thriller doit pouvoir se lire à cent à l’heure : le but étant de donner le rythme nécessaire à un suspense.

L’histoire continue… mais nous ne sommes qu’à la page suivante. Ces policiers viennent dans le studio de cet homme, à Lille, depuis Strasbourg. Ils viennent lui demander s’il connait une certaine Liliane Charpentier. Le « héros », Joachim la connait, c’est une ex. Il ne l’a pas revue depuis quinze ans
De quand il vivait à Illkirch. (moi j’en connais aussi, des Liliane. Il y a la femme de Georges Marchais : « Liliane, fais les valises !!! », et Liliane et José, sur la 6, Valérie Karsenti joue une femme de largement 55 ans. Ça me gêne ce prénom, pour une fille de 35 ans au moment des faits. Pourquoi pas Germaine ou Raymonde? Parce que les autres prénoms du bouquin, eux, sont « normaux ». Usuels, actuels…)

Lorsqu’il comprend que cette femme a été retrouvée morte à son domicile, mais qu’elle n’était pas mariée, Joachim est content. Mais il le dit de cette manière :

« Malgré la gravité du moment, cette information me fournissait une once de contentement sans doute liée à une micro-décharge d’endorphine localisée dans une zone corticale dédiée de mon cerveau. Une preuve flagrante du côté possessif et très égoïste des individus nés sous le signe astrologique du taureau. »…

Ceci est… page 21, et on n’est pas sorti de l’auberge, parce que rien encore ne démarre. Personne ne bouge, entre les pensées extrèmement et longuement décrites et tout leur processus. Et ça me fatigue de devoir expliquer ça. Un plus loin, il y a tout un grand paragraphe lorsqu’il arrive à la gare de Lille pour dire qu’il y a une boutique de journaux mais qu’il n’a pas envie d’acheter un journal… je vous mets ci-dessous la photo, parce que j’ai la flemme de recopier :

Je continue l’histoire : les policiers lui disent que la mort de Liliane va être classée comme suicide, mais qu’ils veulent savoir par contre s’il a des nouvelles de son ex-femme Justine. Parce qu’elle aurait téléphoné à « Liliane »……..Non il n’en n’a pas, elle habite à Illkirch dans leur ancien appartement. (Mais pourquoi deux policiers Strasbourgeois se déplacent à Lille chez ce type qui bosse à la fac pour lui poser deux questions de ce genre ???) Alors lorsqu’on parle de Justine les pensées de Joachim retournent sur le campus d’Illkirch lorsqu’il se sont rencontrés à l’âge de 19 ans. Il raconte leur histoire, leurs baisers, etc. On est partis pour des pages d’ennui profond, et encore, lorsqu’il repensera à « Liliane » et à leur histoire d’amour à 16 ans, on a envie de faire comme dans le film « y a-t-il un pilote dans l’avion, » : se pendre.

La suite de l’histoire est pénible, on apprend au détour d’une page qu’en fait, Romane, leur fille, a été enlevée lorsqu’elle avait huit ans, il y a dix ans de cela. Les chapitres s’entremêlent entre lieux, narrateur, époques et âges. Intitulés par exemple :  » 17 juin 2018, La Madeleine/Joachim (35 ans) » (il parle de Lille, heureusement que je suis de Lille sinon je n’aurais rien pigé aux lieux. La Madeleine est une ville assez cossue, collée à la ville de Lille. Et « descendre à la station Romarin » c’est ce qu’on fait lorsqu’on prend le tramway depuis Lille, ou Roubaix, et qu’on veut descendre à La Madeleine. Il y a aussi la station Saint Maur… ) Tant pis pour les autres, débrouillez-vous.

Bref, on suit les pérégrinations de Joachim dans son propre cerveau en rapport avec Justine ou « Liliane », ses déplacements entre Lille et Illkirch parce qu’il va aller voir Justine dans son ancien appartement, elle n’y est pas, il la cherche plus ou moins, les policiers lui disent qu’elle a disparu, mais RIEN RIEN DU TOUT sur une enquête, sur ce qui s’est passé, pour la police, dans les heures, les jours, les mois ou les années suivant la disparition de Romane. En dix ans. Rien. Personne n’a l’air de s’y intéresser. Ni la police, ni Joachim, son père. Aucun sentiment, rien de tragique, pas de souvenir de l’enfant à sa naissance, pas de manque, rien, les parents Joachim et Justine ne cherchent pas, on ne sait pas s’ils ont beaucoup cherché, rien, zéro. De plus, dès les pages 90 on a eu de tels indices qu’on a compris à peu près ce qui s’est passé, qui a enlevé Romane, qui l’a retenue dans un coin de grenier pendant dix ans, sans que les parents de la coupable (qu’on a tous découverte bien avant), vivant dans la maison où est la petite fille, n´entendent ou ne voient quoi que ce soit,pendant dix ans..

Des incohérences hallucinantes, un bout de grenier minuscule pour Romane, de ses huit ans à ses dix)huit ans, le père de Liliane violent, on ne sait rien des parents de Justine mais au cours du livre on tombe sur une phrase disant que le père de Justine est en prison… pourquoi ? on ne sait pas. Les policiers qui disent à Joachim que le logement de « Liliane » va être perquisitionné « la semaine prochaine », laissant le champ libre à n’importe quoi, on apprend que « Liliane » aurait libéré la jeune fille lors de ses 18 ans, et le final qui se veut un retournement, un final twist, où l’on découvre que la jeune Romane est vivante…sauf qu’on le sait depuis un moment…

J’ai passé des heures sur ce qui n’est pas un thriller, sur ce livre qui pour une grande part raconte les deux histoires d’amour de cet homme, mais racontées avec le style d’un adolescent timide, et quelques paragraphes disséminés, signés « Le funambule », de poésie macabre… c’est lent, tout est dit dès le début, il n’y a pas de suspense, pas d’enquête, rien. Oh que je regrette d’avoir pris 17 pages de notes sur tout ce qui clochait. Je vais finir tout de même sur une note positive : il n’y a ni fautes ni coquilles dans ce livre.

L’ombre du funambule – Stéphane Schmucker, editions Nouveaux Auteurs, novembre 2021, 286 pages.

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14 commentaires

    • Je rappelle que des voisins ont tapé derrière mon mur de 13 h30 heures à 17h30 pendant que j’écrivais ma chronique, que je retournais dans mes notes, aujourd’hui ce Samedi 26 Février 2022.
      Je n’ai écrit nulle part que j’ai lu ce livre au milieu des travaux, Francefougere. Je l’ai commencé Mercredi soir et terminé Vendredi dans la nuit.

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  1. Eh oui, tout le monde ne peut rivaliser avec Stefen King …
    J’ai eu ce genre de déconvenue, une amie, très chère, m’a donné à lire son manuscrit, je pensais te l’envoyer mais … pas osé car si décousu, si curieusement narré , que je m’y suis perdue et cherche encore le fil conducteur… pas simple d’écrire et de savoir captiver son lecteur … Merci Mélie, tout de même de donner leur chance à ces écrivains car , qui sait, une perle peut jaillir un jour au milieu de la boue . Bise BB

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  2. J’ai aussi été contactée par l’auteur, mais je n’ai pas répondu. J’avais déjà eu l’occasion de lire ce livre, car il faisait parti des 5 sélectionnés dans le cadre du prix 20 minutes 2021 présidé par Maxime Chattam. Ce livre n’a pas été retenu pour les raisons que tu site et d’autres, et nous étions plusieurs jurés… J’avoue ne même pas avoir eu envie de répondre à l’auteur…. Je suis malgré tout ravie de te lire, car j’ai vu passer quelques avis élogieux et à moins de retouches importantes, je ne comprenais pas. Or, je constate que le texte n’a pas été retouché….

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