Un loup quelque part – Amélie Cordonnier

J’ai été tentée par ce livre parce qu’il était présenté par Babelio dans les nouveautés poche à lire. Comme d’habitude, j’ai lu les deux premières lignes du résumé éditeur, et je me suis dit que j’allais lire un roman qui lève un peu le tabou de l’amour maternel. Comme d’autres l’ont fait dans des essais, Elisabeth Badinter avec « L’amour en plus » en 1980, et Philippe Ariès, historien et sociologue, avec « L’enfant et la famille sous l’Ancien Régime », des livres qui étaient dans la bibliothèque de l’école d’éducateurs de Jeunes Enfants où j’ai fait mes études. Livres que j’ai dévorés. Inutile de dire que ces sujets touchant à l’enfant, et les rapports mère-enfant m’ont toujours passionnée, la psycho-socio étant l’un de mes intérêts majeurs.

Ici, dans ce livre, écrit dans un style très entraînant, les mots et associations d’idées rendent le roman vraiment très agréable à lire.

Cette jeune maman, la narratrice, passe la visite du 5e mois chez le pédiatre pour son bébé, Alban. Et lors de la visite le pédiatre remarque des taches brunes dans le cou de l’enfant. Puis dans son dos. L’explication du pédiatre est toute simple : l’enfant est métis. La jeune mère manque s’étouffer, et comme si ce n’était pas assez, il rajoute qu’elle devrait rechercher dans sa famille s’il y a des noirs, parce que parfois « ça » saute une génération. Le pédiatre dit qu’à moins qu’elle ait trompé Vincent, son mari, qu’il connait pour avoir suivi ses neveux et nièces, et leur ainée Esther également, l’explication la plus probable est qu’elle soit elle-même métisse. Cette révélation est une bombe pour elle. C’est tout simplement impossible. Pas de noirs dans sa famille. Le pédiatre lui a dit que les enfants métis sont blancs a la naissance, et foncent ensuite.

Rentrée chez elle, elle ne dit rien mais sa fille Esther, bientôt huit ans, comprend qu’il y a un loup quelque part. Sa mère prétend que tout va bien, et pourtant tout est bouleversé. Elle est devenue quasi muette, décide qu’Esther ne prendra plus son bain avec son petit frère qu’elle adore. Au fil des jours la peau d’Alban fonce. La mère va acheter un nuancier Leroy Merlin sur les conseils d’un forum internet de mères d’enfants métis. Il peut foncer très vite.

Elle est dégoûtée par cet enfant, regarde cette transformation comme La Métamorphose de Kafka, compare Alban à un cafard, essaie de ne pas trop le toucher. Après avoir parlé de ce que le pédiatre a découvert avec son mari, rien n’a changé pour lui, mais tout a changé pour elle. Elle ne veut pas le regarder, sauf pour étudier sa peau au nuancier. Laisse Alban des heures sans manger. Sans le changer. Il la dégoûte. Elle ne veut pas d’un enfant noir. Ni d’un ado ébène. Quant à elle, ça veut dire qu’elle est noire ? Elle ne serait pas elle-même alors ? Elle reste enfermée chez elle, ne sort que pour aller chercher Esther à l’école, et pour que personne ne voie cet enfant trop foncé, elle lui met des moufles par tous les temps, lui a tricoté une cagoule qui cache son visage, et va même jusqu’à lui mettre du fond de teint éclaircissant. Et après ce long moment de repli et de rejet, elle prend les deux enfants et part dans le Sud, chez son père, pour lui demander des explications.
Bon. L’ensemble du livre, malgré le style enlevé, est on ne peut plus dérangeant. Le fait qu’elle se réfère constamment au cafard de Kafka en parlant de son fils. Dérangeant dans ses incohérences : au début l’enfant a cinq mois, et rentrée de chez le pédiatre, l’enfant est né il y a quelques semaines, trois au grand maximum. Et là, la narratrice professe qu’elle n’a jamais aimé ce bébé. Jamais. Moi je suis interloquée, si c’était la visite des cinq mois, elle l’a donc détesté dès qu’elle a compris qu’il devenait noir. Et donc aimé avant. C’est plein de contradictions. La fin également, est peu convaincante. Elle ne fait aucune recherche sur ses vraies racines, et moi ça m’interpelle. Comme dans « Trancher » en 2018, les incohérences et les invraisemblances sont nombreuses. Et elles diminuent énormément l’intérêt du livre, qui serait plutôt un thriller, dont la fin nous laisserait sur notre faim.

Alors pour moi, mon avis est donc très mitigé, une fois le livre refermé. Bon sujet, bon style, mais incohérences et invraisemblances, explications de fin loupées.

Un loup quelque part – Amélie Cordonnier, editions J’ai Lu, Janvier 2022, 318 pages.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s