Entre toutes les mères – Ashley Audrain

En voilà un bon bouquin qui cache bien son jeu. On penserait à un livre sur la maternité. Ça l’est aussi. Mais pas que. C’est extrêmement prenant, et comme dit le « Blurb » du journal The Guardian : c’est un « page turner »magistral. Excusez l’emploi de l’anglais, mais ce roman est canadien, canadien anglais. Et je ne parle pas du bandeau jaune, une ligne signée par une écrivaine inconnue (peut-être canadienne, elle aussi)….


Blythe parle à son mari, dont elle est divorcée. Pour raconter, elle le tutoie, en pensée. Elle lui dit qu’elle raconte leur histoire, de son point de vue à elle. Leur rencontre, leur vie à deux. Les chapitres où elle raconte sont parfois entrecoupés par des épisodes de la vie de sa propre mère, Cécilia, maltraitée par sa mère à elle, Etta. Et des chapitres de la vie d’Etta, entre 1935 et 1958. Etta qui ne voulait pas être mère. Cécilia qui ne voulait pas être mère. Et elle, Blythe, qui se rêve mère, autant que son mari veut devenir père.

Lorsque son test de grossesse est positif, quelques mois après le mariage, Blythe est enchantée. C’est une fille. Elle l’imagine, sa fille. Sa belle-mère la couvre de cadeaux, de petits vêtements pour bébé, jouets, etc. Mais l’accouchement se passe très très mal. Ça dure une quarantaine d’heures, sans péridurale, avec forceps et déchirure. Blythe a tellement mal, est tellement fatiguée qu’elle ne s’intéresse pas à ce bébé, qu’on pose sur elle..Le lendemain, lorsque l’infirmière amène le bébé, nommé Violet, pour que Blythe l’allaite, tout est difficile. Et le bébé ne la regarde pas, et c’est comme ça à chaque fois. Son mari, par contre, est tout de suite à l’aise avec les changes, les couches, il sait la calmer lorsqu’il la prend dans ses bras, sait gazouiller, lui parler « bébé » qui est presque naturel aux pères et aux mères. Mais Violet ne dort pas. Violette hurle.


À la maternité comme à la maison. Blythe dit que ses seins sont « comme des pierres », et chaque fois qu’elle nourrit sa fille, c’est désagréable. Et Violet hurle à plein temps. Le mari rentre, prend la petite qui se calme de suite. À chaque fois. Il ne se rend pas compte de l’impossibilité de se reposer avec ce bébé qui refuse de dormir. Elle a pourtant tout essayé.

Les jours, les semaines, les mois passent. Il y a un sentiment d’animosité entre Violet et sa mère. Violet ne la regarde pas, fait exprès de faire des bêtises, en la défiant du regard. Alors le lecteur se pose la question. Est-ce un « simple » cas de dépression post-partum ? Est-ce devenu une psychose de la part de la mère ? Les mots de détestation sont dits, de la part de la fillette et de la mère. Qui est si heureuse lorsque parfois l’enfant lui parle. Ou s’assied près d’elle. Seul le père compte, pour l’enfant. Une fois à la garderie, puis au jardin d’enfants, les responsables parlent à Blythe des accès de violence de la part de sa fille, sur d’autres enfants. Blythe retrouve une énorme poignée de cheveux blonds dans une poche de l’enfant. Comme les cheveux du petit Noah. Que la fillette a dit clairement qu’elle détestait.

Un jour, au square, les mères sont assises sur un banc et les enfants s’amusent sur les jeux à grimper. Violet a cinq ans. Un enfant du même âge tombe de la plate-forme du toboggan. Blythe a clairement vu que sa fille se reculait à l’arrivée du petit garçon, puis tendait la jambe pour le faire trébucher. Blythe l’a vue. Violet le sait. Mais encore une fois, on se pose des questions. Est-ce la mère qui voit tout ce que fait sa fille à travers un prisme tordu, ou est-ce que Violet est une enfant psychopathe ?
On s’attend au pire, tout le temps. Et lorsque Blythe donnera naissance à un petit garçon, Sam, qu’elle adore, avec lequel elle est vraiment mère, on a peur de ce qui pourrait arriver…

Une histoire extrêmement prenante, une histoire crédible, probablement Ashley Audrain s’est documentée sur les relations mère-enfant (oui, c’est dans les remerciements), sur des problèmes dont on parle peu, sauf dans les faits divers. c’est un suspense incroyablement bien mené, jusqu’au bout on est sur les dents. Ce n’est pas « heurtant » pour les mamans. On comprend Blythe. J’ai beaucoup aimé. Voire même, adoré !


Entre toutes les mères – Ashley Audrain, ed JC Lattès, 365 pages, Mars 2021

Et je déteste WordPress pour la taille de police deux fois minuscule !!

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