La vie en chantier – Pete Fromm

J’avais vu passer ce livre sur les blogs en 2019. Tant de critiques élogieuses sur ce livre que ça m’a fait fuir. Mais bon, là, avec ma frénésie estivale de Gallmeister/Totem, je l’ai pris. Et heureusement que je n’ai pas lu la 4e de couverture : c’est le spoil absolu !…. , et toujours heureusement : je n’ai pas trop regardé la couverture : je croyais que c’était juste une histoire d’amour, un couple.
Mais une fois ouvert, ce livre m’a emportée comme jamais ! Ou peu de livres m’ont récemment plu à ce point. Ces temps-ci, plusieurs essais, plusieurs livres me sont tombés des mains. Je parle de « Jesse le Héros » de Lawrence Millman, de « Le Poids du monde » de David Joy, de « Les chiens de Pasvik » d’Olivier Truc. Ce sont des livres qui ont eu un grand succès, mais moi je n’ai pas accroché. Donc je les ai mis en vente.
Puis j’ai attrapé ce bouquin-ci dans ma Pile à Lire, presque au hasard. Et……. wooooofff, envolée comme une feuille dans une bourrasque.

Dans le prologue, on assiste à l’annonce d’une fille qui dit à un garçon qu’elle est enceinte. On comprend qu’ils se connaissent depuis des années, qu’ils sont tombés amoureux et qu’ils ont acheté une maison qu’il faut retaper. Complètement retaper. On est aux USA, dans le Montana, dans une petite ville. Ils n’ont pas beaucoup de revenus : Taz est menuisier ébéniste, et les chantiers sont rares. Marnie n’a pas de travail pour le moment. Ça fait trois ans qu’ils vivent dans ce chantier, il va falloir qu’ils activent !
Le chapitre suivant est intitulé : « J-deux mois et le compte à rebours commence ». C’est le plein été, Taz et Marnie retapent, Taz a fait un plancher en érable si beau, si bien fignolé qu’il brille, qu’ils le protègent d’une bâche. Le séjour, la nursery et leur chambre sont peu à peu équipés de lits faits de bois de qualité, récupéré par Taz au cours de certains chantiers, ou découvert dans des décharges. Il n’y a toujours pas de salle de bains, ni de cuisine, juste une cuisinière et un frigo de récupération. Et lorsqu’il fait trop chaud, il vont jusqu’à leur plage secrète, un bras de rivière magnifique, où Margie adore se baigner, d’ailleurs c’est là qu’ils se sont rencontrés. Ils sont joyeux, simples, souvent sarcastiques, ont des amis formidables, dont Rudy, l’ami d’enfance de Taz. Ils ont choisi le prénom. C’est une fille.

Les chapitres sont titrés de J-, jusqu’au jour où Marnie perd les eaux et ils filent à l’hôpital. Mais Marnie meurt d’une embolie pulmonaire juste après avoir donné naissance à la petite Midge. Taz est effondré, mais en même temps il sait qu’il va devoir affronter la vie sans Marnie, mais avec la petite Midge. Les amis sont tous à la maison, et les premiers jours, la mère de Marnie est là, Rudy aussi, l’ami qui aimait Marnie presque autant que Taz. Mais Taz ne vit, ne survit que pour ce bébé. Des proches viennent poser des paquets de couches, de la nourriture, le nécessaire pour le bébé. Pas simple de vivre un deuil si immense et de gérer ses émotions mélangées avec la joie mais aussi l’implication qu’il faut mettre pour s’occuper d’un bébé de quelques jours, de quelques semaines.
Au fur et à mesure des jours qui passent, on ressent le chagrin qui sous-tend le texte, écrit par un Pete Fromm pudique, à travers des mots simples, les pensées, les gestes, les émotions que peuvent donner un ami prévenant, une baby sitter qui est connectée au bébé dès la première seconde, une grand-mère qui a du mal à sortir du rôle d’aigrie que Marnie avait brossé à Taz, et marche sur des oeufs, la lourdeur des jours où le père s’enfonce dans uniquement le soin à son bébé, il lui parle de sa mère :

«  Avant , on partait ensemble . On descendait des rivières , on traversait des jungles. On escaladait des montagnes. 
Mais cette fois, elle a dû partir seule , C’est l’expédition la plus longue de sa vie »

 C’est le récit pudique des sentiments sous-entendus, des beautés de la nature autour, de la sensation et l’odeur du bois travaillé, et du travail bien fait.
C’est un livre d’amour d’un père pour sa fille, d’un ami proche qui est toujours là mais pas intrusif, assis sous le porche de la maison le matin, l’amitié et les liens familiaux quels qu’ils soient sont aussi une forte composante de ce livre magnifique. Non dépourvu d’humour, il m’a fait penser à un film brittanique « Jack et Sarah » avec Richard E Grant et Samantha Mathis, qu’on regardait en boucle avec ma fille.. C’est pour moi un coup de coeur immense, tant pour le style de l’auteur que pour l’histoire. J’ai vraiment, vraiment aimé, du début à la fin.

La vie en chantier – Pete Fromm, ed Gallmeister 2019, Totem 2021, 330 pages

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