L’enfer de Church Street – Jake Hinkson

Encore un chouette petit bouquin de chez Gallmeister/Totem, lu en une soirée, distrayant et plein de suspense.
Une espèce de sale type s’enfuit de l’usine où il travaillait depuis trois semaines, dans le Mississipi, parce qu’il a cogné de toutes ses forces son contremaître qui a eu l’affront de le traiter de « connard fainéant ». Parce qu’il est méchant, il lui a donc cassé la figure. Mais comme il a passé sa vie de prisons en salles de dégrisement, il n’attend pas la police et file. Et il a besoin de « braquer » quelqu’un. Pour s’acheter de quoi boire, etc.
Alors il se planque près d’une station service, afin de choisir la « bonne » proie. Pas une femme, ce n’est que des soucis. Pas des ados, qui n’ont pas un sou. Pas ces routiers musclés non plus. Vers le soir, il voit un homme obèse se garer et aller, péniblement, acheter des cigarettes et du soda. C’est le bon. Notre homme se cache près de la voiture, et une fois le gros homme ayant ouvert la portière, il lui enfonce son révolver dans le dos, et lui dit « Pas un geste. Monte dans la bagnole ». L’autre ne bouge pas. Et il lui colle un coup de crosse sur l’oreille : « Monte ». L’homme monté dans sa voiture, notre bandit de grand chemin s’installe à l’arrière et, le braquant toujours, lui demande de démarrer, et de tourner à gauche. Son idée est de le dévaliser et de lui prendre sa voiture dans le champ là en bas.
Bizarrement, le gros homme n’a pas l’air d’avoir peur. Et même soudain, au lieu de tourner, il s’engage à toute vitesse sur une bretelle d’autoroute, à fond. Le révolver, enfoncé dans les plis de son cou, ne lui fait ni chaud ni froid. Il va même jusqu’à jeter son portefeuille gonflé de billets sur les genoux de son agresseur, refusant de s’arrêter. En fait, il exige même de son agresseur qu’ils fassent un contrat : il a envie de parler et besoin de compagnie, et il a au moins cinq heures de route devant lui. Une fois arrivé, il lui laissera ses 3 000 dollars.
Il se présente : il s’appelle Geoffrey Webb. Il dit qu’il mérite l’enfer pour ce qu’il a fait. Qu’il a besoin de raconter. Et il va raconter jusqu’au bout, sans que l’autre ne l’interrompe. Il raconte comment il a un jour décidé de devenir pasteur baptiste, parce qu’il a bien vu dans son enfance que ces gens-là gagnent bien leur vie tout en travaillant au max trois heures par jour. Il a fait les études, appris surtout comment parler en public et convaincre. Et surtout, parler en public et dire ce que les gens veulent entendre. Parce qu’il sait pertinemment que tout ça c’est de la rigolade, il suffit de faire semblant et que le reste suit. Sans beaucoup d’efforts. Lorsqu’il devient aumônier des Jeunes dans une petite communauté baptiste de l’Arkansas, tout lui sourit. Jusqu’à ce qu’il tombe amoureux d’une jeune fille qui se trouve être la fille unique du Pasteur de la paroisse. Et c’est ce sentiment amoureux pour la première fois ressenti qui va faire tomber le frère Webb de problème en problème, et de Charybde en Scylla.

Ce roman noir est un chef d’oeuvre d’ironie et d’anticléricalisme, et c’est franchement réjouissant. Les cadavres jonchent la route de Frère Webb, et l’immoral est qu’il s’en fiche complètement. C’est rebondissement sur rebondissement, impossible de poser ce livre avant la fin.

L’enfer de Church Street – Jake Hinkson , Gallmeister 2015, 236 pages

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