Un garçon c’est presque rien – Lisa Balavoine

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Une chambre d’hôpital.
Blanche, murs, sol et plafond.
Une vitre laisse entrevoir un parking clairsemé.
Service de traumatologie.
Aucun mouvement à signaler.
Une fille est assise dans une chaise métallique.
Elle est jolie,mais quelque chose dans son regard.
Inquiète.
Une fille est assise et elle attend.
Elle attend depuis longtemps
Le réveil du garçon.

Ce livre, cette lecture. C’est pour moi une sorte de challenge d’en faire la recension, parce que l’écriture et le style de Lisa Balavoine, et bien sûr l’histoire de Roméo, tout est exceptionnel.  C’est doux-amer. Et délicat. Comme l’adolescence.

Pour une fois c’est un livre « jeunesse » dont l’histoire est celle d’un garçon, racontée par lui.
Roméo, presque 16 ans, garçon solitaire, mais attentif à tout ce qui se passe autour de lui. Sensible, on lui dit qu’il fait dans la « sensiblerie ». Ce qui est péjoratif. Il n’est pas sportif, ça ne l’intéresse pas. Il voit les « gros durs », ceux qui se moquent de lui dans les couloirs de l’école, il ne veut pas être comme eux. Il n’aime pas leur musique, lui qui passe des heures chez son oncle, disquaire, qui lui fait connaître des groupes de rock des années 80, et il passe son temps, écouteurs dans les oreilles, à réfléchir sur sa vie, sur ce qu’il est.
Il déteste la vulgarité ambiante, le harcèlement par ceux qui se croient obligés de se moquer ou de se battre pour prouver leur masculinité, ceux qui filment leurs ébats sexuels pour ensuite « mettre la honte » aux filles qui ne savaient même pas qu’elles étaient filmées. Il trouve ça dégradant pour les filles. Et les filles, il n’en connait pas vraiment. Il se sent « en dehors », ou alors rejeté. Même par ses parents.

Alors il jette ses pensées dans des carnets, sur des bouts de papier.. la mise en page du livre ressemble à cela : des « vers libres », qui ne riment que parfois, il écrit ses doutes sur la masculinité, en refusant d’être comme ces garçons qu’il trouve bêtes et grossiers. Il se demande comment devenir un homme, mais sans être comme eux. Se pose des questions sur les filles. Sur comment leur parler. Comment communiquer. Comment réagir. Et il fait connaissance avec Justine.. et malgré les hésitations, arrive à communiquer avec elle.

Tout est raconté par petits fragments, en chapitres très courts, qu’on peut reprendre à tout moment. C’est délicat et tendre, et l’on voudrait pouvoir l’offrir aux ados, garçons ou filles, parce qu’il est question des relations entre les jeunes, également entre les jeunes et leurs parents, et avec parfois leurs professeurs. Il est question de « revenge porn », de violence, de harcèlement scolaire, de la masculinité, de la différence, les désirs  adolescents.. tout ce qu’on voudrait apprendre à nos enfants actuellement, comment se rebeller, comment résister, comment agir, comment grandir.. et c’est pour celà que l’auteure a choisit de mettre en épigraphe, entre autres, le mot de Kipling : « Tu seras un homme, mon fils »..

 


Ce livre est une petite merveille. Et c’est exceptionnel dans mes lectures récentes « Jeunesse ».

Lorsque ma fille, cet Astre, était petite j’ai fait des razzias au Furet du Nord, Editions Ecole des Loisirs – (c’était encore le temps des merveilles.. il y a eu des gros changements dans cette maison d’Editions, et je ne m’y retrouve pas beaucoup… et j’ai cessé d’aller y voir) – alors Anne Fine, Judy Blume, Susie Morgenstern, Marie-Aude Murail, Claude Ponti, Nadja, Moka, Brigitte Smadja, Genevièvre Brisac, Elisabeth Motsch , Agnès Desarthe, Marie Desplechin, Grégoire Solotareff,  et je pourrais citer une vingtaine d’auteur.es.s… j’ai lu des tonnes de livres enfance et ados avant de les donner à ma fille, lorsqu’elle atteignait l’âge qui me semblait adéquat pour chacun.. que ce soit Mouche, Mouche de Poche, Medium… je ne trouve pas la liste des auteurs anglophones qui étaient édités là, ni germanophones (il y en avait). Et donc je pense que j’ai lu les meilleurs romans enfants/jeunesse des années 1980, 1990 et début des 2000 (chez Scripto).

Tout ceci pour dire que Lisa Balavoine, avec ce « Un garçon c’est presque rien » est à placer d’emblée pour moi au rang de ces auteurs incontournables pour la jeunesse. Son travail dans l’éducation (professeure et documentaliste) lui permet de vivre au milieu des jeunes, des ados en milieu scolaire, de parler avec eux. Et c’est donc avec cette légitimité, (et celle de maman, ce livre est dédié à son fils Marius) qu’elle a écrit ce livre qui mériterait d’être distribué dans tous les CDI des collèges et lycées…. offrir à nos enfants, à nos neveux et nièces..

Merci à Aliénor, aux Editions Rageot pour cette superbe lecture.

 Un garçon c’est presque rien – Lisa Balavoine, editions Rageot, 246 pages, format broché, sortie le 26 Août 2020.

 

 

 

8 commentaires

  1. Je ne connaissais pas cette auteure mais j’en connais beaucoup de la liste Ecole des Loisirs que tu cites dans l’article. Je suis d’ailleurs très fan de certains d’entre eux.
    Je note ce très beau roman d’adolescence à offrir donc, plutôt à mes neveux (mes enfants sont déjà trop grands) ou à mes futurs hypothétiques petits enfants.

    Aimé par 2 personnes

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