La vie psychique des réfugiés – Élise Pestre

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Climatique, économique, politique, thérapeutique : le réfugié est l’une des principales figures du XXIe siècle. Or les Etats présupposent que la majorité des demandeurs d’asile mentent pour obtenir la qualité de réfugiés. Ils exigent donc des preuves, qui ne peuvent passer que par le témoignage. Mais comment témoigner quand on ne parle pas la même langue ? Qu’implique le fait de se remémorer dans l’urgence une série d’événements traumatiques ? Un essai crucial sur la nécessité d’un refuge territorial et psychique, sur des pathologies qui seraient spécifiques aux réfugiés, et donc sur l’émergence d’une nouvelle « clinique de l’asile ».

Le problème actuel, le filtrage de l’accès au Territoire Français (ou autres pays) empêche les réfugiés de demander l’asile. Il faut une autorisation de séjour pour pouvoir demander l’asile. La protection.

L’étranger est le symbole effrayant du fait de la différence en tant que tel. (Hanna Arendt).

L’auteure va remonter de l’antiquité à nos jours pour rappeler le vrai sens de « réfugié » et de « demandeur d’asile ».

Ceux qui ont eu la possibilité d’avoir une autorisation de séjour vont passer par l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et apatrides) et la CNDA (Cour Nationale du Droit d’Asile)

L’auteure travaille au sein de la COMEDE (Comité médical d’aide aux exilés). Elle y reçoit ceux qui ont été déboutés de leur demande, ceux qui souffrent dans leur demande, qui ont du mal avec la construction de leur dossier – on verra par de nombreux exemple que le réfugié est PRÉSUMÉ COUPABLE jusqu’à preuve du contraire, par les administrations citées plus tôt. L’auteure observe aussi le travail et les problèmes rencontrés par les autres thérapeutes.

Elise Pestre commence avec un exemple frappant : en 2003 elle rencontre Anna, une jeune Rwandaise de 23 ans. L’auteure débutait dans l’association d’aide juridico-sociale, la dernière chance, le recours à un appel après un refus de son dossier à l’Opfra. Elle raconte ce que l’Ofpra a dit à cette femme effondrée : son témoignage n’est pas exact. Elle doit tout raconter, par écrit, depuis le moment où elle a décidé de fuir son pays, comment, à quelle date, quels pays traversés, dates, tout doit être consigné : viols, tortures, enfermements etc. Ce n’est pas facile de se souvenir de ces horreurs, encore moins de les ÉCRIRE. Et les dire, à la thérapeute, est déjà très difficile.

Parce que dans ce parcours, dans le dépôt des dossiers des demandeurs d’Asile, il règne un climat de suspicion. L’interlocuteur institutionnel va enquêter sur chaque cas.  Et refuser ceux qui ne lui paraissent pas avoir « besoin d’un Asile » et qui seront reconduits dans son pays. Quitte à ce qu’ils soient tués le lendemain.

Le demandeur d’Asile demande protection à un Etat et demande à être reconnu par la nouvelle communauté. Or l’Etat se saisit de cette demande et exerce une prise de pouvoir sur le sujet.

« Ne pas être cru » « présumé coupable », crainte de « devenir fou ». Les réfugiés ont peur, de trop raconter (l’état dit que tout ça est impossible, trop horrible, leur vie, leur voyage jusqu’à la France, pas crédible, refusé), de ne pas raconter assez (pas argumenté, pas de preuves, refusé).. parce qu’il faut prouver, avec tout ce qu’on a, des autorisations de passage là et là, des tickets, des tampons sur un papier..

Ces réfugiés ont peur d’être toujours « tuables ». Ils sont traumatisés de se retrouver « hors du monde ». Les traumatismes de la vie d’avant, de leur trajet d’exil et les traumatismes actuels de dormir dans un refuge, dans la rue, sous un pont, au bord d’une route, à la merci de n’importe qui et surtout de l’Etat à qui justement ils demandent asile. La langue est aussi un probleme, il faut des interprètes, et ce n’est pas toujours le cas..

L’auteure raconte toutes les blessures dans ce processus de demande d’Asile, et ensuite, et les blessures des thérapeutes qui sont réceptacles de tant de souffrances.

Dans ce livre, on découvre le parcours, aussi bien physique que mental de ces hommes, femmes, mineurs isolés, pour essayer d’être juste acceptés comme humains, frères humains, et la difficulté, voire l’impossibilité de l’administration étatique à y répondre.

Livre foisonnant, des éclaircissements sur ces parcours, CE parcours, que des centaines d’exilés font, blessés et apeurés, suppliants qu’on cesse le les laisser en « non-vie », en marge du reste du monde.

La vie psychique des réfugiés – Élise Pestre, editions la Petite Biblio Payot, sept 2019, 10,60€

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