Notes à usage personnel – Emilie Pine

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Ce livre est un phénomène en Irlande, c’est le livre d’une femme, professeur d’université à Dublin, qui se dresse devant l’Irlande entière, qui enfin se pose les questions, les réflexions de toute femme irlandaise actuellement. Avec son langage souvent cru, elle raconte, à la première personne, les choses importantes sur elle et les autres.

Les chapitres sont ainsi découpés :

L’intempérance

Les années bébé

Se parler ou pas

Saigner et autres crimes

Quelque chose en moi

Ceci n’est pas au programme.

Cela commence avec son père. L’intempérance.Son père est séparé de sa mère depuis qu’elle et sa soeur sont petites. Elles l’ont peu vu, mais là il est en Grèce où il réside depuis des décennies. Il est alcoolique. Depuis toujours. Et là il est mourant, à cause de l’alcool. Emilie et sa soeur auront à le prendre en charge, jusqu’à ce qu’il -de lui-même, car il a frôlé la mort- arrête de boire, d’un coup.

Puis les années bébé, lorsqu’elle et son compagnon cherchent à en avoir, le temps passe, elle « pisse » sans arrêt sur des bandelettes ou des bâtonnets, des tests de grossesse, des tests d’ovulation, les larmes, ça ne veut pas venir, et la seule fois où une grossesse est constatée, elle se met à saigner, elle va à l’hôpital, et là, on ne trouve plus le battement du coeur du foetus. Elle revient la semaine suivante, on lui dit que le foetus a grossi. Elle ne comprend rien. Sauf que, si elle raconte ça, c’est que depuis que l’Irlande a revoté CONTRE l’avortement, dans les hôpitaux les medecins et infirmières ont l’ordre de mettre en avant le corps du futur bébé au détriment de la santé de la mère, et en aucun cas parler fausse-couche tant que ce n’est pas avéré. C’est comme ça partout en Irlande actuellement. Dans ce livre elle n’a pas peur de dénoncer ça, et d’expliquer comment elle n’a pas eu de réponses à ses questions alors qu’elle portait un foetus mort. Qu’on lui ôtera avec un curetage, lorsque plusieurs medecins l’auront prouvé. Et c’est partout comme ça en Irlande.

Dans « se parler ou pas » c’est la vie des enfants de parents séparés qu’elle met en lumière, ainsi que des mères seules. Parce que le divorce n’a été autorisé en Irlande qu’en 1997 !! Avant il n’y avait pas de lois, pas de règle, le père partait, la mère restait sans ressourses, avec ses enfants. Parler de la grande pauvreté qui a été la sienne, celle de sa soeur et celle de sa mère, qui a heureusement trouvé du travail, mais pas assez rémunéré pour sortir de l’ornière, les vetements étaient donnés par des associations, et l’égo en prend un coup, à l’école… et les pères n’étaient aucunement encouragés à verser une pension… 

Dans le chapitre « Saigner et autres crimes » elle parle de ce tabou des regles chez la femme, de la douleur, dans un pays qui n’est pas habitué à se parler sans tabou.

Dans le dernier chapitre, elle parle de la place de la femme, ou de la fille, à l’école ,à l’université, au travail. Aucune égalité, actuellement. Et le système est tellement installé qu’on trouve normal d’accorder un prix à un garçon qui aura eu une note inférieure à une fille. La fille, non, pas possible. Les places de cadres, ne rêvons pas. La société irlandaise reste silencieuse. Pas Emilie Pine.

L’auteure enseigne à l’University College de Dublin. Ce livre est son manifeste, un manifeste pour la libération de la femme, qui n’est pas acquise, en Irlande. Par contre, je trouve que son manifeste est moins puissant -pour moi- que celui de Roxane Gay, dans « Hunger« , la place d’une femme noire américaine et obèse dans le milieu universitaire et des conférences.

 

Notes à usage personnel – Emilie Pine, ed Delcourt, 16 oct 2019, 190 pages, 20,50€.

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