Celui qui veille – Louise Erdrich

Louise Erdrich est de la nation indienne Ojibwé. Comme l’auteur du magnifique « Notre coeur bat à Wounded Knee », David Treuer. Dans ce livre, l’auteure nous emmêne sur les traces de Thomas, qui est en fait le personnage de son grand-père à qui elle rend un vibrant hommage, car il s’est battu de toutes ses forces pour les droits des Indiens de la réserve de Turtle Mountain, au Dakota du Nord, en 1953.

Thomas vit sur cette réserve très pauvre, les Américains Blancs ayant pris, plutôt volé les terres des indigènes, en ne leur laissant que très peu, et la plupart des endroits sont incultivables. Les indiens meurent littéralement de faim. Il n’y a quasiment pas de gibier, la pêche est très réglementée, il fait froid, on meurt de froid aussi, de l’alcool trafiqué, et de beaucoup de choses. Pour faire vivre sa famille, Thomas a réussi à être embauché comme veilleur de nuit dans l’usine qui fabrique des pierres d’horlogerie, installée sur la réserve.

Patrice, alias Pixie, y travaille aussi. Même si c’est de l’esclavage, une seule pause, pas de cantine, elle vient avec sa gamelle, qui ne contient pas grand-chose. Mais elle rapporte de l’argent à la maison, pour aider sa mère, son père, alcoolique violent qui ne travaille pas, son petit frère, et sa soeur Véra. Pixie est une nièce de Thomas. Les récits de Pixie et de Thomas s’entrecroisent : Zhaanat, la mère de Pixie détient de nombreuses connaissances en herboristerie, en pouvoirs traditionnels, et ses rêves, comme ceux de tous les anciens, sont toujours prémonitoires, ou du moins, « guidants ». Elle transmet toutes ses recettes, ses histoires et traditions à Pixie. Elles rêvent toutes les deux de Vera, qui etait partie pour travailler dans une grande ville, mais elle a disparu. Les anciens se sont réunis et ont « vu » Véra, couchée par terre, presque morte, un bébé près d’elle. Pixie demande des jours d’absence à l’usine et part chercher Vera. À Minnéapolis. Par le train. Elle qui n’a jamais quitté la Réserve de Turtle Mountain.

Thomas, lui, qui sait lire, emmène les journaux pour les lire le soir pendant son travail. Et il découvre qu’une loi va être présentée devant le Congrès Américain : la loi de « Termination ». Le projet est de dire qu’on va finir d’assimiler les indiens en tant qu’Américains, en cessant totalement de respecter les traités signés leur allouant la terre des réserves. En cessant de laisser des droits aux indiens. Cette loi s’appelle la Résolution 108. Elle est portée par le Sénateur Arthur V. Watkins, héraut inlassable de l’expropriation des autochtones, et là, précisément de cinq nations indiennes dont celle des Chippewas de Turtle Mountain.

Thomas, a connu les fameux pensionnats gouvernementaux où les enfants étaient « déculturés », maltraités, molestés par des prêtres catholiques, mais les parents pensaient qu’au moins il auraient à manger. Parce que tous mouraient de faim. Beaucoup d’enfants dans ces pensionnats sont morts de mauvais traitements. Ceux qui, comme Thomas, en sont revenus savent lire. Et lui, il détecte tout de suite l’extrême dangerosité de cette loi, et va passer une année et demi à aller alerter chaque chef de famille, chaque responsable de district, le Conseil des anciens, une pétition est lancée, et les chefs de famille vont aller faire signer chaque personne, en expliquant ce qui les attend : ils seront poussés de la terre de leurs ancêtres, le peu qu’il leur reste, sous le prétexte d’assimilation. Ils n’auront plus rien. Thomas utilise ses nuits de veilleur à écrire à chaque sénateur, chaque personne importante, en leur demandant de le recevoir, qu’ils aient droit à leur défense. Et Thomas pense à cette autre nièce, qui fait des études de droit, et qui finit son mémoire justement sur l’histoire de son peuple, forcé de signer des traités en leur défaveur, par manque de connaissances en lecture, et en manque de connaissance des projets réels des Blancs. C’est Millie, alias « Les Carreaux », l’avocate qu’il lui faut. Thomas sent qu’il leur faut du concret, des preuves, des noms, et des chiffres.

À l’instar de son grand-père, l’auteure donne à Thomas toutes les forces indiennes pour se jeter dans le combat, et aller, avec sa délégation, ses notes, le mémoire de Millie, jusqu’au Congrès pour y défendre devant tous les sénateurs, les droits de sa tribu. Et il gagnera. Face à cet abject Arthur V. Watkins, responsable du vol de millions d’hectares de terres et de forêts à son profit, et également « prophète » Mormon, qui signera l’abject « Livre des Mormons » où les femmes sont réduites à l’esclavage, à la polygamie, et qui considère les noirs et les indiens comme des bêtes sauvages démoniaques.

Personnellement, j’ai eu du mal à rentrer dans ce livre, à cause de la multiplicité des personnages et des histoires… mais j’avoue que j’en sors pleine de respect pour Patrick Gourneau, l’homme qui a inspiré ce livre.

Ce livre a reçu le Prix Pulitzer 2021

Merci à Francis Geffard, directeur de la collection « Terres d’Amérique » aux éditions Albin Michel, pour sa confiance.

Celui qui veille – Louise Erdrich, Albin Michel Terres d’Amérique, 550 pages, sortie le 05 Janvier 2022

8 commentaires

  1. Il faut entrer dans ce roman. C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnages. Mais ainsi, on vit dans cette réserve, on comprend leur attachement à cette terre. Peut-être pas le meilleur roman de l’auteur mais j’ai beaucoup aimé. Louise Erdrich allie ici une belle histoire et un moment important de l’Histoire des Indiens. Un moment capital de résistance pacifique. C’est effectivement un bel hommage à son grand-père et une source d’espoir

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