Glen Affric – Karine Giebel

Encore un sans faute pour Karine Giebel pour cet énorme pavé (oui, oui, c’est plus gros qu’un pavé), 762 pages de papier épais… que j’ai dévoré en deux soirées.

Une histoire qui prend aux tripes dès les premières pages, et ça, c’est difficile à trouver, par les temps qui courent : ma mauvaise humeur, mes migraines, ma capacité à ronchonner, à procrastiner, bref, rien ne trouvait grâce à mes yeux après « Il faut qu’on parle de Kevin », chronique encore en chantier, scusez. Bref, Karine Giebel, pour le coup, a sauvé mes deux dernières soirées, heureusement que je l’ai retrouvé dans mes cases d’étagères qui me servent d’abri pour PAL.

L’histoire : un jeune de seize ans, Léonard, est harcelé par des garçons de son collège, insulté, du genre « triso », « bâtard » et autres joyeusetés, et désormais la petite bande de trois-quatre garçons menés par Jules, le fils du docteur, décide de le mettre à l’amende, il doit leur donner de l’argent tous les jours. Comment faire ? Lui, grand gaillard de près de deux mètres et cent kilos, ayant l’esprit d’un enfant de huit ans ! Il ne sait toujours pas lire, il est en classe avec des enfants de douze ans, il n’y a qu’Hadrien, jeune surdoué, et Vicky, douze ans également, qui prennent sa défense. L’amour de sa vie, c’est Mona, sa mère. qui l’élève seule car son mari s’est pendu, et c’est Léonard qui l’a trouvé…. Léonard a été découvert par Mona, à cinq ans environ, seul, dans un fossé, en plein hiver, visiblement traumatisé et battu. Mona l’a adopté et elle l’aime plus que tout, elle aime aussi Jorge, son fils aîné, que Léonard n’a jamais vu : Mona lui a expliqué qu’il est à Glen Affric, en Écosse. La carte postale de Glen Affric, c’est Léonard qui l’a dans sa chambre. Parce que Glen Affric, c’est sûrement le paradis, pour que son frère y soit depuis si longtemps : seize ans !

Dans ce petit village perdu près de la forêt, Mona et Léonard vivent pauvrement mais ils vivent chaleureusement. Le tournant, c’est le jour où la bande de Jules, au collège, menace Léonard de tuer Mona s’il ne ramène pas de l’argent, et Léonard voit rouge. Et il se met à frapper, frapper, jusqu’à ce que Vicky arrive à le calmer… du sang partout, les gamins partent à l’hôpital…. mais en fait Léonard part pour la gendarmerie, et là commence un long cauchemar.

Le même cauchemar qu’a vécu son frère Jorge, qui en fait n’est pas du tout en Écosse ; certes il y a vécu quelques mois, mais là, Jorge est en prison. il a pris vingt ans pour deux meurtres qu’il n’a pas commis, mais que la gendarmerie du village s’est appliquée à lui attribuer. Le jour où Léonard entre en prison pour coups et blessures, Jorge en sort au bout de seize ans. Brisé. Et Mona et lui qui se faisaient une joie de faire la surprise à Léonard du retour de son frère !

Mais Jorge sait parfaitement ce qui va arriver à ce frère si fragile. L’injustice, la violence, la mort, les hommes brisés, les clans, les meneurs, les tueurs…cette prison qui ôte toute humanité à chaque homme qui y entre.
En entremêlant l’histoire de Jorge en prison et celle de Léonard, et en filigrane celle d’une jeune fille martyrisée, captive d’un monstre, c’est l’histoire de trois injustices, de trois personnes qui n’ont rien fait de mal, dans l’engrenage de la terreur, de la mort, de la cruauté, des mensonges, de la prison, de ce mécanisme institutionnel qui broie sans aucun état d’âme. Et qui fait ressortir des gens brisés, dont l’âme est perdue.

Karine Giebel a l’art et la manière de nous toucher au coeur avec des personnages magnifiques et d’autres qui sont monstrueux. Et lorsqu’on attend un happy end, elle nous l’enlève d’un grand coup de poing dans la gueule.

C’est noir, tragique, magnifique. À lire !

Glen Affric – Karine Giebel, Editions Plon, novembre 2021, 762 pages

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