Mon mari – Maud Ventura

Que voilà un petit livre réjouissant ! Petit, mais un grand format quand méme, chez l’Iconoclaste. Ce premier roman de la journaliste Maud Ventura est prenant, grinçant à souhait, et on a parfois envie de mettre une bonne claque à l’héroïne du roman.

L’héroïne, donc, on ne connaitra pas son nom. Ni celui de son mari. Son mari, elle l’aime. Au bout de quinze ans de mariage, elle l’aime. Comme au premier jour. Et c’est là le souci. Elle n’a jamais quitté l’état des premières semaines de l’amour, où on a des papillons dans le ventre, où on doit paraître absolument parfaite aux yeux de l’être aimé.

Le soir, lorsqu’il rentre du travail, elle s’installe au salon, éclairage travaillé, un livre du style « L’Amant » de Marguerite Duras entre les mains, sans le lire, en fait, toute en apparence. Elle aime son mari comme dans « Belle du Seigneur ». Elle n’utilise jamais les toilettes sur le même palier que la chambre, la nuit. Elle veut le séduire chaque jour. Elle raconte sa sensation d’infériorité lorsqu’elle a été présentée à la famille de l’homme qu’elle aime : elle, jolie, mais sortant d’un HLM et de parents ouvriers, lui, fils d’une famille bourgeoise, qui sous-entend tout un tas de rêgles de conduite, de façons d’être, de langage. Ça, elle l’a appris ensuite, lorsqu’elle a entendu sa future belle-soeur parler du livre de Nadine de Rotschild. Une révélation. La bienséance. Comment s’occuper d’une maison, servir son mari, placer les couverts, passer les plats vers la gauche, etc. La révélation. Sa bible.

Le livre est découpé en parties sur une semaine, du Lundi au Dimanche. Le lundi est un jour aimé, parce qu’elle lui donne une couleur particulière, et ce depuis toute petite (en apparté : c’est mon cas aussi). Mais elle, elle s’habille en conséquence, vit en conséquence. Elle est prof d’Anglais dans un lycée, à mi-temps. Et elle est traductrice de livres, de l’anglais au français. Ça lui laisse du temps pour penser à son mari. Pour regarder sur internet des conseils pour s’attacher son mari. Pour paraître plus jeune. Plus désirable. Pour paraître mystérieuse. Ça, elle connaît, tous ses produits dépilatoires sont bien cachés, ainsi que sa teinture, enfin son shampooing éclaircisseur, et autres choses qui doivent rester un mystère. Elle a des carnets, qu’elle cache : celui où elle recopie des conseils pour garder l’amour de son mari. Celui où elle garde de bonnes recettes. Celui où elle note les choses que son mari a faites et qui lui font de la peine. Par exemple ce soir, invités chez l’ami d’enfance de son mari, qui vient, avec sa compagne, d’avoir un bébé. Pendant la conversation, son mari parle de leur maison bourgeoise, il ne mentionne pas que c’est elle qui l’a décorée. Et pendant le jeu qu’ils font après le repas, où il faut deviner ce que son propre époux à chacune a choisi comme fruit pour la représenter, elle se sent humiliée car il a choisi pour elle la clémentine. Elle est furieuse, intérieurement. Ce fruit banal !! Toute la semaine elle ruminera sur ce sujet. Mais elle doit rester parfaite, maîtresse d’elle-même.
Peu à peu, au cours des jours de la semaine, on découvre, et c’est dérangeant, qu’elle n’aime pas ses enfants, parce qu’ils lui volent du temps avec son mari. Elle en veut à son mari de passer du temps avec eux. De leur raconter des histoires le soir. Jour après jours on découvre les petites manies et ses pensées malveillantes envers tous les autres sauf son mari. Elle a visiblement un sentiment de supériorité qui masque son insécurité. On grince des dents el lisant. On ricane. On découvre que cette madame Parfaite est loin de l’être. Et on cavale, en lisant ce roman sans pouvoir le lâcher, en attendant la catastrophe. Parce qu’elle aime tellement, et tellement mal. On se pose plein de questions sur cette femme, son mari, sur son mental, la moindre de ses pensées nous mène vers des sentiments divers, jusqu’à la détestation de cette femme. On a pitié d’elle, puis elle nous fait grincer des dents, on a envie de lui mettre des baffes, on la comprend, en même temps, parfois même on la déteste. On se demande comment son mari peut tenir. Et ses enfants. Puis le twist final, que je n’ai pas vu venir !

Je l’ai lu d’une traite, ce livre, Maud Ventura a un style tellement agréable à lire, une histoire si singulière, il y a de quoi craquer, je vous le dis !

Mon mari – Maud Ventura, ed L’Iconoclaste, 19 août 2021, 350 pages

9 commentaires

  1. Et… je craque. C’est vrai – je le sens, elle va m’énerver cette parfaite imparfaite qui en fait trop, bcp trop. D’ailleurs est-ce vraiment de l’amour ? Question que l’on se pose au passage…. Mais je vais le lire. Je dois le lire. Ne serait-ce que pour voir comment ça peut se terminer une histoire pareille. 😉
    Bravo pour cette chronique. Et MERCI, bien sûr.
    A bientôt !

    Aimé par 1 personne

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s