Certains coeurs lâchent pour trois fois rien – Gilles Paris

C’est un récit de dépressions. Huit dépressions de l’auteur, Gilles Paris, et c’est tout, parce qu’il n’en peut plus, son corps non plus. Dans ce récit, Gilles Paris a consacré chaque chapitre à un moment de vie, mais c’est parfois dans le désordre.
On commence par son père qui l’a battu et a dévasté son appartement, un jour. Puis l’on passera à autre chose, avant d’y revenir. Car le père de l’auteur est toxique. Avec lui seulement, car sa soeur Geneviève, elle, aura une relation plus calme avec son père. Son père parti, absent, disparu. Ce père auquel il dédie une lettre, en premier chapitre.

Il raconte ses séjours en hôpital psychiatrique, il en a toute une collection. Mais on sent bien que tous les « gens enfermés » forment un groupe soudé, le temps du séjour. Tous pareils, les yeux dans le vague, assis sur un banc en fumant des cigarettes.

Il raconte ses psys, ses traitements, les crises de panique, le besoin de se rendre invisible. Il raconte ses tentatives de suicides, multiples, tout en disant clairement que ce sont des appels au secours. Mais la dernière l’a amené aux portes de la mort, le medecin lui dira qu’il l’a rattrappé de justesse, parce que certains coeurs lâchent pour trois fois rien. Il raconte ses excès de jeunesse, la jeunesse dorée, la tournée des boites connues, les amis d’alors, les comprimés d’extasy, puis la cocaïne. Et ceci pendant de grandes études, et avec ensuite un métier de directeur de service de presse chez Plon. Et soudain, tout s’écroule.

Il raconte la mélancolie, qui « lui ôte l’espoir, l’envie et le désir, et ce sentiment d’incapacité ». Ça, je connais. C’est le résumé d’une dépression. Mais cette maladie est différente pour chaque individu qui en souffre. Ses effets, ses manques, ces paniques, ces refus. L’auteur fera une dépression après chaque livre publié, et on comprend qu’il y met toute sa force, toute sa passion de l’écriture, et cachera dans chacun de ses romans et certaines de ses nouvelles des « personnages » qui sont en fait le reflet de personnes ayant croisé son chemin, des gens qui l’ont marqué. Il nous emmène pour nous les montrer, nous les expliquer.

Ce parcours mélancolique mais « presque heureux », tellement compréhensible et honnête est une galerie de personnages, certains très connus, dont Françoise Sagan. Il y a son psy, ses psys. Il y a sa soeur Geneviève, sa soeur qu’il aime tant, il y a Laurent. Laurent, son mari, qui partage sa vie depuis plus de vingt ans. Ce livre est aussi une Ode à Laurent. On le voit, en creux ou en relief, partout. C’est une belle réussite que ce livre, sérieux et léger, difficile et clair. Ce genre de livre est rare, je me souviens de celui de Philippe Labro, c’est tout…

Ce livre n’est pas noir, non, parce qu’à la fin, le héros s’en sort. Presque heureux.

Certains coeurs lâchent pour trois fois rien – Gilles Paris, ed Flammarion, Janvier 2021, 220 pages.

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