Chambres noires – Karine Giebel

Après D’ombre et de silence, Karine Giebel offre un nouveau recueil de textes noirs, humains, bouleversants et engagés.
Il y a des soupirs, des souvenirs et des sourires.
Il y a ces jours sans fin et ces nuits sans chaleur. Cette sensation d’être sale, d’être rien, moins que rien.
Ces dangers qu’on n’a pas vus venir, ces risques qu’on n’a pas osé prendre. Ces tentations auxquelles on n’a pas eu la force de résister.
Il y a ces mauvais héritages, ces mauvais choix, mauvaises pentes, mauvais départs.
Il y a ce manque de chance.
Il y a cette colère, ce dégoût.
Il y a…
Des fois où on préférerait être mort.

Quatre nouvelles composent ce livre, noir parce qu’il s’agit de la couleur qui est la base de ces nouvelles. Qui ne sont pas courtes, du tout. On est plongés, dans la première, dans la noirceur dâme d’un homme qui a tué, lors d’une partie de chasse, une femme, une mère, sans le vouloir. Il est méprisant, violent, et lorsqu’il ressort de son procès, sans peine de prison, il est enlevé et jeté dans une cave sans lumière, on lui dit que c’est pour 10 ans, pour la mort de Clara, la femme qu’il a tuée, par inconscience, par mépris de la vie.
La deuxième nous emmène dans la vie d’une vieille dame de 96 ans, en Ehpad, avec quelques amies, un personnel gentil, sauf une, et qui décide d’écrire, au soir de sa vie, sur sa jeunesse, son passé de résistance, les horreurs vécues avec la Gestapo, le camp de concentration, la libération. Des allers retours entre sa vie à l’Ehpad, et sa jeunesse. L’apparition du Covid, les résidents qui tombent comme des mouches..

Les troisième, quatrième et cinquième nouvelles emmènent le lecteur voir un SDF qui parle de ce qui l’a amené là, seul alors qu’il gèle, voir un jeune couple d’amoureux du Moyen-Orient, où règne la charia, et les meurtres « d’honneur » de certaines religions extrémistes, voir un jeune qui fuit un pays en proie à des massacres, comme le Rwanda et le Soudan, vivant sur sa route des choses affreuses, voir un enfant un peu délaissé, qui apprivoise sa voisine de palier, une vieille dame chez qui il peut se réfugier après l’école..

On ne sort pas indemne de ces nouvelles. Ça nous prend au coeur et aux tripes. C’est la noirceur de l’homme/l’humain, contre ceux qui se battent pour essayer de réparer ça.
C’est profondément touchant, c’est un appel à regarder autour de nous, et faire quelque chose à son petit niveau, pour changer un peu ces mille facettes du monde.

Remarquable, de la part d’une auteure dont on connait surtout les thrillers..

Chambre noire – Karine Giebel, editions Belfond, novembre 2020, 272 pages.

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