Bénie soit Sixtine – Maylis Adhémar

Rien que le titre, j’ai craqué immédiatement. Avec Sale Bourge (chronique ici : https://melieetleslivres.wordpress.com/2020/08/27/sale-bourge-nicolas-rodier/ et PAS MERCI à la nouvelle formule de WordPress qui ne me montre plus comment insérer un lien sous un mot. Et pas merci non plus pour le fait du sempiternel bug de page.) Enfin bref, ces deux titres ont résonné en moi, me renvoyant à des détails d’enfance et d’adolescence.

L’histoire : Sixtine, jeune femme très pieuse, rencontre Pierre- Louis, en qui elle voit un époux idéal, partageant les mêmes valeurs qu’elle. Très vite, ils se marient dans le rite catholique traditionnel et emménagent à Nantes. Mais leur nuit de noces s’est révélée un calvaire, et l’arrivée prochaine d’un héritier, qui devrait être une bénédiction, s’annonce pour elle comme un chemin de croix. Jusqu’à ce qu’un événement tragique la pousse à ouvrir les yeux et à entrevoir une autre vérité.(4e de couverture)

Sixtine, jeune fille de bonne famille, de la haute bourgeoisie, est élevée par sa famille et dans des écoles traditionalistes, et elle vit dans un Catholicisme exacerbé, extrémiste, mais elle ne s’en rend pas compte. Dans sa famille l’on prie à genoux, plusieurs fois par jour, soit un chapelet entier, soit un Rosaire… et l’antienne est « Mon père je m’abandonne à vous, faites de moi tout ce qu’il vous plaira.. » La religion est le pivot central de leur vie, et ils agissent selon les principes bibliques pris au premier degré. Du style « offrez vos souffrances pour remercier Dieu… la communauté religieuse où Sixtine vit, c’est « Les Frères et Soeurs de la Croix ». Cette communauté ne reconnait pas les papes, pour eux ils sont sataniques. Les messes durent deux heures et demie, sont dites en latin, et le prêtre tourne le dos à ses ouailles. C’est Saint Nicolas du Chardonneret mais en pire. Les familles vivent dans un entre soi, les noms à particules, les arbres généalogiques et une quantité d’enfants sont à la base de cette « religion » très sectaire. Les mariages de cousins sont l’occasion de mises en scène de rencontres, les célibataires judicieusement installés à la même table. Sixtine rencontre de cette façon Pierre-Louis Sue de la Garde, polytechnicien, (ces études-là, de haut niveau sont les seules recommandés pour les fils de ces familles). Après trois rendez-vous en tout bien tout honneur, Pierre-Louis la demande en mariage. C’est pour elle le but de sa vie, de la vie de toutes les femmes qu’elle connaît : se marier avec un homme venant d’une très bonne famille, le rendre heureux, le respecter en tout, et lui donner au minimum six enfants qui seront appelés à devenir de nouveaux « Soldats de Dieu ». Et ça va très loin, son mari fait partie de la Milice, qui doit mener des actions coup-de poing contre les gauchistes, les homosexuels, les musiciens de rock, et j’en passe.

La nuit de noces est ressentie comme une catastrophe par Sixtine, sans sentiments, presque chirurgicale tout en étant brutale, et dans l’unique but de procréer. Son mari l’ignore complêtement, mais sa mère, sa belle-mère ses soeurs, cousines, sont là pour veiller au grain. Le mois suivant, Sixtine est enceinte. Et ça se passe très mal : nausées, douleurs, un calvaire. Et elle se rend bien compte que cette souffrance est révérée par son entourage ,le désir de Dieu… mais c’est trop. Elle se perd entre ses intuitions et son éducation, et les bons conseils des prêtres et de sa famille toute entière.
On est plongé dans un univers presque surréaliste, sectaire, où les femmes n’ont rien à faire qu’à bien se tenir, prier, faire des enfants, et se soumettre. C’est une immersion dans la vie de ces Soldats de Dieu, dont on ne connaît en fait pas grand-chose. J’ai beaucoup aimé.

Certains chapitres du livre sont écrits en italique : il s’agit de la grand-mère de Sixtine, qui écrit à sa fille Muriel (donc, la mère de Sixtine), des lettres qu’elle n’enverra jamais, mais c’est important, ces lettres donnent un éclairage différent sur les origines de la famille.. pourtant je trouve que ces chapitres interviennent trop tôt et « brouillent » le livre.
Ceci dit, c’est une lecture dont on ne sort pas indemne, l’histoire pousse vraiment à se poser des questions sur les catholiques traditionalistes extrémistes.

Bénie soit Sixtine – Maylis Adhémar, ed Julliard, 22 août 2020, 295 pages.

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