Sale bourge – Nicolas Rodier

J’ai acheté ce livre parce que j’y reconnaissais quelque chose.. je ne sais pas quoi. Peut-être à cause de l’éducation que j’ai reçue, du genre de famille d’où je viens, d’un relationnel difficile avec ma mère, etc.. j’avais juste lu en diagonale le résumé éditeur. Lorsque je l’ai reçu, je suis tombée sur les premières lignes de la 4e de couverture :

« Pierre passe la journée en garde à vue après que sa toute jeune femme a porté plainte contre lui pour violences conjugales. »

Ah. Ce n’est pas ce que je pensais. Ou si. Je m’énerve contre cette 4e de couv qui spoile la fin du livre, parce que je n’en suis qu’aux premières 20 pages, et que dire tout ça d’avance c’est nul. Et puis au fur et à mesure je me dis que pour bien comprendre pourquoi Pierre raconte son enfance, son adolescence, ses années de lycée, ses années d’études, c’est bien ce qu’il fallait savoir, dès le début.

Pierre raconte sa vie en cinq chapitres : Enfance, Adolescence, Jeunesse, Mariage, Jugement. Les souvenirs d’enfant de Pierre s’ouvrent sur la figure de la grand-mère, sorte de grande bourgeoise collier de perles foulard Hermès, qui reçoit sa famille, soit celle de Pierre, et celle de sa tante Françoise. Françoise est le portrait craché de sa mère, serre-tête en velours en plus. Au moins 6 enfants alors, comme Sylvie, la mère de Paul. Ces trois femmes sont écrasantes, dans leurs convictions racistes, homophobes, avec le grand désir de paraître. Et leurs enfants ont le devoir de faire de hautes études et des métiers « qui rapportent », de pratiquer leur catholicisme presque extrême, de « bien se tenir », de ne surtout pas « faire honte ». Alors que Pierre se souvient avoir eu honte longtemps lorsqu’il revenait de chez les Louveteaux, pull en laine, foulard roulé, bermuda et chaussettes hautes, en croisant d’autres enfants.
La violence dans les disputes entre la mère de Pierre, la grand-mère et la soeur, à chaque vacances, est terriblement présente. Le père de Paul, lui, est visiblement toujours hors de lui, prêt à exploser. La mère, elle, fatiguée, donne des coups de cravache aux enfants, qu’importe l’âge, c’est comme ça. C’est « normal ». Habituel. Le père qui s’en va comme un ouragan en claquant la porte, les enfants constamment sous pression, on voit peu à peu les effets chez Pierre et ses frères et soeurs de cette famille dysfonctionnelle, violente dans les mots comme les gestes. Je ne peux pas tout raconter, ce serait dévoiler la construction de cet enfant dans cette ambiance, cette famille qui au dehors semble « normale ».

Ce récit me semble criant de vérité, et à la fin du roman, l’auteur, Nicolas Rodier, remercie ses parents pour leur soutien. Et sa nouvelle famille.

Je pense que c’est un livre essentiel pour la compréhension de la violence conjugale, de la violence intra-familiale. Et le style de l’auteur est absolument parfait.

Sale bourge – Nicolas Rodier, Flammarion, Août 2020, 215 pages.

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