Sauvage – Jamey Bradbury

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Voici un livre passionnant. Ça se passe en Alaska, partie Américaine à l’Ouest du Canada, et immense territoire couvert de taïga, de forêts et de lacs, dont une partie est au nord du cercle arctique. Très peu peuplé, cet état Américain est un endroit mythique pour les mushers, pour les courses légendaires sur la neige, comme l’est aussi le Yukon.

À dix-sept ans, Tracy Petrikoff possède un don inné pour la chasse et les pièges. Elle vit à l’écart du reste du monde et sillonne avec ses chiens de traîneau les immensités sauvages de l’Alaska. Immuablement, elle respecte les trois règles que sa mère, trop tôt disparue, lui a dictées : «ne jamais perdre la maison de vue», «ne jamais rentrer avec les mains sales» et surtout «ne jamais faire saigner un humain».

Tracy vivait avec ses parents et son petit frère Scott, sur la terre qu’avait acheté son grand-père : une partie de forêt qu’il a déboisée, une maison, des chenils, 40 cages pour les chiens de traineau et tout le nécessaire pour faire les courses de traineau les plus renommées. Le père de Bill, puis Bill Junior ont été champions.  Ils ont gagné aussi la Yukon Quest.

Bill Junior, le père de Tracy, court régulièrement, donc entraine ses chiens constamment, répare les sangles, les patins des traineaux, commande et va chercher la nourriture adaptée, va chez le vétérinaire, soigne ses chiens, le tout avec l’aide de sa femme et de Tracy qui adore ça depuis qu’elle sait se tenir debout.

La mère de Tracy faisait la classe à la maison pour ses enfant, et faisait toute l’intendance, les travaux nécessaires à l’entretien du chenil, des chiens et de la course. Parfois elle emmenait sa fille, dès qu’elle a pu marcher, courir dans la nature. Dans la forêt. Lui apprenant comment chasser, poser des pièges, des collets. Elle fouillait la neige pour montrer à Tracy tous les végétaux comestibles, utiles à la survie. Et les végétaux à ne pas manger. Comment se construire un abri, dans la forêt, dans la neige, sans rien d’autre que son petit couteau bien aiguisé. Comment faire du feu avec certaines pierres. Apprendre à devenir soi-même l’animal qu’on veut chasser. Et le prendre. Et ramener les fourures.

Tracy ressent la nature au fond d’elle. Elle en a besoin. Elle a besoin de s’échapper, de courir, de parfois ne revenir que des heures plus tard. Et s’occuper des chiens, de s’entrainer pour la course de traineau, L’Iditarod, la plus connue d’Alaska, qu’elle a gagnée en Junior plusieurs fois. Elle est musher. Elle a ça dans le sang. Elle a la survie dans le sang. Elle a la chasse et la nature dans le sang.

Mais sa mère est morte. Tuée par un camion, mais que faisait-elle sur la route dans le noir ? Tout a changé depuis son décès. Son père est différent. L’argent ne rentre plus. Il ne peut plus prendre d’aide. Il est triste, il ne fait que les corvées, et ne s’entraine plus. Il a fait scolariser ses deux enfants. Mais Tracy est renvoyée, elle s’est battue. Punition : elle fera quand même tous ses devoirs, mais ne pourra plus aller en forêt. Ni ne s’entraînera avec les chiens ; plus question de l’Iditarod, parce que l’argent manque. Et les inscriptions, ça coûte. Alors là, c’est le pire. Tracy a besoin de courir. De sentir les arbres, le moindre flocon qui tombe, le petit bruit de la martre qui revient dans sa cachette, le vison, elle le sent. Tous les animaux dont elle connaît la vie et les préoccupations. Alors souvent, lorsque son père s’endort, elle sort dans le silence, et court. À toute vitesse. Relève ses collets, s’allonge sur la neige et ressent tout ce qui se passe autour d’elle. D’ailleurs elle voit bien mieux la nuit. Elle a des facultés hors du commun. 

Une nuit pourtant, alors qu’elle se concentrait sur l’arrivée presque silencieuse d’un écureuil près du piège qu’elle avait posé, un homme, grand, énorme, lourd, tombe sur elle. Il l’attrappe, par terre. Tracy cherche son couteau….. et se réveille, plusieurs heures plus tard: elle est pleine de sang, son couteau est là, et elle s’était evanouie, claquée contre une souche de bois. Il va falloir rentrer, c’est presque l’heure où son père se lève, elle doit se laver. Et elle a poignardé cet homme. C’est sûr. Mais où est-il ? Elle garde le secret mais reste à l’affut, s’il revenait ? 

 

Un livre magnifique sur l’amour de la nature, sur la vie dans ce pays-là, sur la connaissance de la nature, et de la nature humaine. L’auteure, Jamey Bradbury, vivant elle-même à Anchorage, a fait un livre magnifique, inquiétant parfois, avec un peu de fantastique. Je connaissais les courses comme la Yukon Quest, le quotidien des mushers   avec les 4 ou 5 premiers films de Nicolas Vannier.

Ici courant l’Iditarod : https://youtu.be/EL-RE8t1bJw

Je sais pourquoi il faut des chaussons en peau pour les chiens, je reconnais le cri internationnal des mushers pour commander au chien de tête de traineau « à droite », ou « à gauche ». Je connais les nessécités des vétérinaires à chaque check-point des courses. Les dangers des lacs gelés. J’aime ça. Mais je suis sûre, je l’ai vu dans les critiques que ce n’est pas nécessaire de tout connaître pour vibrer entièrement avec ce livre. Avec cette vie. Avec cette nature. Avec tout un monde.

C’est une pépite !

Sauvage – Jamey Bradbury, ed Gallmeister coll Americana, mars 2019, 310 pages, 22,60€, trad. Jacques Mailhos

 

4 commentaires

  1. Merci, cette déscription promet une lecture fascinante ! Ado, j’adorais des romans de Jack London dont l’action se passe au Nord, en Alaska. J’étais emmerveillée par la beauté de la nature et par des histoires de famille compliquées 🙂

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