L’enfance attribuée – David Marusek

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Cette novella, petit roman d’une centaine de pages va être rééditée par les éditions du Bélial fin Août dans la collection Une Heure Lumière. Personnellement je l’ai lue hier dans l’édition Bifrost Orion, de 1999, traduite par Patrick Mercadal.

 

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Cette chronique m’a vraiment pris du temps, car je suis allée contacter la page Facebook de l’éditeur : Le Belial’, puis je suis allée poser aussi mes questions sur le forum dudit Belial’, parce que j’étais vraiment estomaquée du style de cette novella, et je voulais savoir pourquoi cette réédition l’était sous le nom de leur maison d’édition et non plus de celle dont je détenais l’exemplaire de 1999 : Coll Bifrost/Etoiles Vives,  Orion éditions. Comme je débarque dans l’univers de la SF (on dit la SFFF maintenant : Science-Fiction-Fantasy-Fantastique), je suis la Candide. Et j’ai demandé également pourquoi ils rééditaient le texte sans modifier la traduction, et là, c’est pas vraiment passé. Personne ne semblait comprendre mon problème : ce bouquin est foutrement mal écrit, et l’histoire, telle quelle, est pleine d’incohérences, de choses inexpliquées. On m’a dit que le texte avait été revu… (certainement uniquement pour les coquilles), mais lorsque j’ai demandé des détails sur la révision de la traduction, on m’a dit d’attendre le 29 Août, date de sortie, (sous-entendu : t’iras te l’acheter, tu verras bien)….

J’ai d’abord cru que ce texte déplorable l’était à cause de sa traduction. Après avoir lu divers articles, demandé des explications sur la page FB du Bélial’ puis sur le forum du même nom, je suis arrivée à la conclusion terrible qu’en fait, c’était aussi le texte d’origine qui était déplorable. 

Je vous recopie la 4 e de couv du livre que j’ai en main, celui de 1999:

« Le 30 mars 2092, le ministère de la Santé et des Affaires humaines nous délivra un permis, à Eleanor et moi. Le sous-secrétaire d’état à la population nous fit part de la nouvelle avec les félicitations officielles. Nous étions abasourdis par tant de bonne fortune. Le sous-secrétaire nous invita à contacter l’Orphelinat National. Dans un tiroir se trouvait un bébé à notre nom. Nous étions fous de joie. »

« L’enfance attribuée nous entraîne dans un avenir extrêmement crédible, sur les Autoroutes de l’information. Un univers aussi étrange que déconcertant où individus, machine et environnement sont interconnectés en permanence. C’est dans ce futur où les rapports entre l’homme et le réel n’ont jamais été aussi complexes, que David Marusek nous raconte l’histoire d’Eleanor et Sam, un couple désigné pour avoir un enfant dans une époque surpeuplée, où à force d’être truqués les décors en deviennent dangereux.

Ce court roman visionnaire est le chef-d’oeuvre de l’ère post-cyber-punk. »


 

Je vous raconte ce que j’en ai retenu : un homme raconte, à la suite du premier paragraphe (écrit très bizarrement, genre mot-à-mot) qu’un an plus tôt un ami lui a proposé de lui faire connaître une femme, cet ami désire que les deux se rencontrent, et cet ami est appelé ainsi pendant toute une page, on ne saura jamais qui il est. D’ailleurs il n’y a aucune description ni de l’ami ni de l’homme ni du décor, on va juste assister à un petit échange holographique entre cette Éléanor et cet homme, qui on l’apprend enfin, s’appelle Sam. Eleanor n’est pas décrite non plus, à part qu’elle a des sourcils massifs (sic). Et des yeux qui pointent sous ses cils comme des salamandres sous le corail (encore sic). Ils se voient beaucoup par hologrammes, rarement en « corps-réel ». Ce Sam ne parle, en fait, qu’à son assistant personnel, Henri, qui lui répond. On ne sait pas si c’est tout haut ou par télépathie. Cet assistant, c’est une Intelligence Artificielle, fait tout chez Sam : les courses, l’agenda, le visionnage ou l’écoute des messages, il sert de mémoire, et il sert de bouclier aux attaques d’autres personnes, qui pourraient le voler, ou l’infecter : des nano-particules sont partout, certaines sont bonnes pour les hommes : on peut ainsi aller se faire rajeunir, car Sam a 147 ans. Et de mauvaises nano-particules, qui sont « la peste »: la personne est ainsi infectée, et soit est « effacée » par le gouvernement, soit trainera comme un humain de base, un « Altéré », puant, en vieillissant, sujet aux maladies et aux douleurs jusque mort s’ensuive. Le côté romance de l’histoire est vraiment bizarre : Éléonore étant femme politique, ses assistants personnels à elle passent leur temps à essayer de hacker le système d’Henri, ce qui menace Sam. Sam n’aime pas, et ils rompent. Au début du paragraphe suivant, ils se marient. (non mais ALLO). Et comme le couple est « très en vue » on leur propose un bébé. Ça leur fait peur, ils décident de refuser. Au paragraphe suivant, ils sont à la clinique, on va leur prendre leur ADN pour l’injecter dans un foetus-garçon. Puis Sam se fait attaquer par une sangsue intelligente, les sangsues sont des IA de renseignement de la Milice, du coup Sam est infecté, il a mal partout, il pue, l’enfant est arrivé chez Éléanor, c’est une fille, et ne porte pas l’Adn de Sam puisqu’il est Altéré… 

Bref.déjà le problême du titre, vraiment pas alléchant, et bizarre, pour un bouquin publié sous le titre « We Were Out of Our Minds with Joy »…  le paragraphe du début est tout sauf bien écrit : on dirait du mot-à mot, c’est déjà difficile à aimer, mais à chaque page, je souffrais mille morts, tant l’écriture est bizarre, on dirait des bouts de phrases enquillés n’importe comment, comme des pièces d’un meccano mal foutu, avec des adjectifs ou des mots qui n’ont aucun sens. 

Ce bouquin, je ne vais même pas pouvoir le revendre parce que j’ai souligné plein de phrases atroces. Que je vais citer ici de façon à ce que vous puissiez juger vous aussi, comme je l’ai fait sur le forum du Bélial’ (où j’ai eu une drôle d’expérience : une nana a carrément cru, lorsque je parlais de phrases « illisibles », que je ne les comprenais pas. J’en reste comme deux ronds de flan).

« Elle avait modelé ses propres traits en arme sournoise qui complétait les sales tours de son arsenal d’avocat » (il parle d’Eleanor, et de ses sourcils, je suppose).

« La nuit qui suivit, je ne réussis pas à dormir et la journée du lendemain eut les couleurs de l’expectative » (euhhhhhh)

 » Elle avait un visage de vamp, en lame de couteau, des cheveux noirs défraichis  et un regard absent » (là, je pense VRAIMENT à un gros problème de traduction).

 » Au signal, Léa commença à s’avancer lestement vers moi. Toutefois, au Château de Wawel surplombant l’ancienne Cracovie, elle franchissait les portes géantes de la Cathédrale, sa robe de lin ivoire resplendissante dans la lumière matinale. »  (Ce passage-là, j’ai dû le relire 3 fois pour comprendre ce qui se passait, déjà rebutée par « s’avancer lestement » et « Toutefois au chateau ». ).

Comment voulez-vous que j’aime un bouquin écrit comme ça ? Moi je ne peux pas. Est-ce que je suis devenue dingue ? Non, je ne crois pas. Je pense que certains amateurs de SFFF lisent sans problème des bouquins écrits dans ce style, un style tellement abscons pour moi qu’il m’a fait dresser les cheveux sur la tête. Il est bien question d’un genre de bouquins,  écrit à la truelle, illisible car rebutant pour toute personne aimant la littérature. L’écrit. Les mots. Le goût des mots.

Ce bouquin est le reflet de ce que pouvait inventer il y a 20 ans, aux débuts d’Internet, un jeune geek qui imaginait les possibilités folles de cette invention. Intelligence artificielle, logiciels qui parlent, logiciels de mémoire, etc. Ça prête à sourire et cette vision du futur et de la mainmise des ordinateurs sur les hommes est peut-être amusante pour certains. 

Certains craqueront pour la couverture d’Aurélien Police, et… tant pis pour le plaisir de la lecture.

L’enfance attribuée – David Marusek  ed Orion 1999, 99 pages, réédition par Le Belial’, coll UHL, 29 août 2019

 

 

17 commentaires

  1. Chère Mélie,
    Comme vous me faites l’honneur de parler de moi, je vous réponds donc ici.
    Puisque vous comprenez cette phrase, qu’est-ce qui vous déplaît?
    J’espère que vous comprendrez qu’il s’agit uniquement de curiosité.
    Personnellement, mes lectures  » de base  » sont les classiques et les polars avec, prinicpalement, comme auteurs de prédilection: Emile Zola, Victor Hugo, Agathe Christie.

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    • Ce qui me déplait dans cette phrase ? Celle à propos des yeux sous les cils, là où tu restais bloquée sur le forum du Belial’? (Je suppose) Bien. Il y a là un problème, c’est d’abord une question de style. Cette phrase est absconse. Ensuite, mélanger l’organe avec la fonction, ça s’appelle la métonymie. Et tant qu’à faire, les yeux qui sont sous les cils, on s’en doute, ce serait gênant s’ils se trouvaient sous les aisselles.

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    • Pour ma part, je trouve que l’équipe du Bélial a été plus que gentille avec toi.

      Je trouve étrange de parler de la prochaine traduction que tu n’as pas eu entre les mains, de te plaindre de la traduction initiale sans il me semble avoir eu le texte original sous les yeux.

      Alors que le livre ne te plaise pas, que le style ne te plaise pas, que tu trouves le texte illisible, que tu sois étonnée par le choix éditorial… pourquoi pas, c’est plutôt sain ! Mais la façon dont tu t’es comportée sur le forum et après venir te plaindre ici que tu en as pris pour ton grade, je trouve ça « merveilleux »

      Allez vite un autre bouquin…

      Aimé par 1 personne

      • Je ne parle pas de l’équipe du Belial’ mais de personnes qui vont sur le forum. J’aime bien Erwann, mais as-tu lu tous les topics où je demandais des moyens de voir si ça avait été retraduit ? Ça n’a pas été retraduit.
        Quant au bouquin suivant j’en suis au milieu, mais cette fois c’est du AMI. Et je persiste dans la SFFF parce que c’est un défi pour moi. Et parce que j’aime lire. Depuis toujours. Je viens de voir ci-dessus pourquoi ce genre n’est pas bien considéré, en littérature.

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      • J’ai bien lu le topic et il me semble que ca ne s’arrêtait pas à : est-ce que la novella a été retraduite ? Et la novella a été revisité par les Quarante-Deux !

        Aimé par 1 personne

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