Altruistes et Psychopathes, leur cerveau est-il différent du nôtre? – Abigail Marsh

 

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Je ne me souviens plus où j’ai vu ce livre. Ce titre. Qui me trottait dans la tête, parce qu’aussi antagoniste qu’Altruiste et Psychopathe, il n’y a pas. Comme mes champs d’intérêt sont nombreux, que je suis attirée par la notion de bienveillance, les livres et travaux de Matthieu Ricard (moine bouddhiste, représentant du Dalaï-Lama en france et déclaré « L’homme le plus heureux du monde » par des scientifiques), que je suis férue d’affaires criminelles souvent américaines, et que les tueurs en série et autres meurtriers sont souvent qualifiés de psychopathes, et que la psycho m’intéresse, voilà. Je l’ai acheté. Et lu quasiment d’une traite.

L’accroche, pour les néophytes en psycho ou en neurosciences, se fait par la 4e de couverture (celle-là, je l’ai lue) : 

« Un jour, Abigail Marsh est victime d’un accident de voiture ; un parfait inconnu lui sauve la vie au péril de la sienne, puis repart comme si de rien n’était. Des gens se jettent dans les flammes ou dans l’eau glacée pour aider des personnes en détresse qu’ils ne reverront jamais. Mais pourquoi ? Leur cerveau est-il différent du nôtre ? Pour le découvrir, la psychologue Abigail Marsh a eu l’idée originale d’étudier des adolescents psychotiques et de comparer ses données avec celles recueillies auprès de personnes extrêmement altruistes, ayant spontanément donné un rein à un inconnu. Altruistes et psychopathes est le récit incisif et vivant de cette investigation peu commune aux deux extrémités de la nature humaine. Marsh y pose une hypothèse forte : l’origine de l’altruisme est à chercher dans la façon dont une petite région de notre cerveau perçoit ou pas l’expression de la peur chez autrui. Nous sommes tous naturellement plus ou moins doués pour la compassion, mais certains d’entre nous, dont l’amygdale est un peu différente, pourront devenir des psychopathes ou des héros. »

Dans le prologue, Abigail Marsh nous « spoile » tout. Elle a été sauvée par un héros inconnu, elle dit que c’est ce qui lui a donné l’idée de ce livre, mais surtout, elle a fait des études de psychologie sociale à Harvard, et travaille avec de grands scientifiques et psychologues dans un laboratoire de recherches à l’université de Georgetown (Washington). Et elle sait maintenant que dans le cerveau, c’est l’amygdale qui est responsable de ces problêmes de comportement. Elle est professeure agrégée et devient directrice de son Laboratoire de Neurosciences sociales et affectives. Elle travaille donc dans le sens du livre pour tout ce qui est psychopathie: le pourquoi et le comment. 

La grande première partie de cet ouvrage porte sur son passé, les problèmes rencontrés en tant que femme dans la ville, puis le moment où elle a décidé de se tourner vers la psychologie, de faire ses études dans des universités renommées pour avoir des professeur passionnants, passionnés, connus dans le monde. Des professeurs qui avaient publié. L’inventeur de la theorie du behaviorisme, (ah que vous avez de la chance de de pas avoir eu mon prof de psycho en 2e année. Totalement incompréhensible. Pour lui il n’y avait que Piaget, c’est à dire le behavioriste français, à connaître. J’ai jamais rien compris à Piaget. Moi, je lisais Dolto en cachette) – donc l’inventeur de cette théorie « le behaviorisme », Skinner, avait eu son labo au même endroit. Ses patients étaient des pigeons et des rats. Je passe sur toutes les explications qui sont foison dans le bouquin, ainsi qu’une bibliographie énorme. Mais c’est très facile à lire, car elle y mêle exemples et rencontres, ce qui donne un récit clair et vivant.

Cette 1ere partie m’a un peu ennuyée, parce que l’auteure explique en détail ces théories, que je connais parfaitement, ces hypothèses par lesquelles il faudrait avoir été « mal élevé » ou avoir été maltraité dans son enfance, comme un « renforcement négatif« , pour devenir un criminel, ou un sale type, ou seulement insensible à autrui. Suivent les expériences de Milgram et autres fadaises scandaleuses, qui ont été en leur temps considérées comme éclairantes sur l’esprit humain. Et tout ça je connaissais bien. Et toujours des exemples, dont celui du tueur de la Green River, qui a une famille aimante et exemplaire, des frères très bien, pour expliquer que la génétique ne joue pas, comme on l’a souvent dit. Il n’y a pas de gène du psychopathe. Par contre, on va voir qu’on classe très vite des enfants, même à 6ans parfois, comme psychopathes, aux USA.

Dans la deuxième partie, Abigail Marsh explique comment des scientifiques ont inventé et testé l’IRMf, soit l’IRM fonctionnelle, qui a permis de découvrir les différentes glandes du cerveau PENDANT leur fonctionnement, et les tests d’activité de chaque glande. Elle explique qu’elle a intégré le laboratoire du grand scientifique James Blair, « au moment où il s’embarquait dans la première d’une série d’études d’imagerie cérébrale sur ce qui fait réagir les adolescents psychopathes ». En même temps, l’auteure commençait à penser à ces gens, ces héros de tous les jours, qui font des actes insensés pour des inconnus, au risque de leur vie. Depuis peu, aux UsA il’est possible de donner un rein pour un inconnu, anonymement, comme en France on donne du sang. Pourquoi ces gens font-ils cela, et est-ce que l’étude de l’amygdale du cerveau, qui réagit ou ne réagit pas à certaines images projetées pendant le test, peut aussi permettre de « voir » ce que ces altruistes ont « de plus » que les autres?

L’auteure a prouvé, par de longues séries d’études, avec des groupes-témoins que les psychopathes ne savaient absolument pas reconnaitre l’expression de peur sur un visage. Ni reconnaître la peur dans des manifestations physiques. Et que leur amygdale ne réagissait absolument pas à ces expressions, même dessinées, comme si elles étaient neutres. Le groupe de donneurs de reins altruistes, par contre, présenta des réactions extêmes à un visage apeuré. 

Et ensuite viendront des chapitres sur la possibilité de faire grandir son cerveau, et sa glande amygdale, en particulier dans la méditation. Et avec de l’ocytocine, une hormone  .Ceci me laisse un peu perplexe. Elle parle d’appliquer son altruisme par tout un tas de bonnes actions, et veut prouver que tout acte altruiste doit être absolument gratuit et non pas fait dans l’attente d’une récompense, d’un retour, ni par orgueil. Moi, ce que j’aurais voulu c’est qu’elle fasse des recherches pour savoir comment faire « repartir », dans le cerveau des ados qualifiés psychopathes, le fonctionnement normal de leur amygdale.

Aussi, je n’adhère pas à sa théorie selon laquelle l’expression d’un visage qui a peur ressemble au visage d’un bébé, ce qui entrainerait le désir d’aider la personne apeurée, de la « parenter ». Ça me paraît un peu poussé.

Mon avis:  un livre fort intéressant par bien des manières. Il est accessible à tous, mais c’est aussi un document du style d’une thèse, avec toute la bibliographie, tout est reporté, noté, surveillé, avec des sources et des travaux fiables en neurosciences.

Les exemples et les histoires racontés au fil du livre l’aèrent et le rendent très vivant. Le langage est accessible à tout le monde, les initiales sont expliquées, et c’est vraiment captivant. Comme Matthieu Ricard le dit dans son blog : j’ai lu ce livre comme un thriller. Et c’est vrai.

lien vers son article/blog : https://www.matthieuricard.org/blog/posts/altruistes-et-psychopathes-leur-cerveau-est-il-different-du-notre

 

 

Altruistes et psychopathes, leur cerveau est-il différent du nôtre? – Abigail Marsh, éditions HumenSciences, 398 pages, mars 2019, 24,50€

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