Roman noir – Agnès Michaux

IMG_5002

C’est peu de dire que ce livre m’a mise en colère, m’a fait lever les yeux au ciel, m’a outrée, m’a fait user mon crayon à force de souligner les incohérences, les horreurs de style et les mots savants incongrus. Je vais d’abord vous laisser lire le résumé éditeur, en 4e de couverture :

  » Dans un futur anticipé, Alice Weiss, une jeune auteure qui a connu un certain succès lors de la parution de son premier roman, est en voyage vers la presqu’île de Pondara dans l’espoir de raviver sa créativité. À son arrivée à l’aéroport, pour éviter la compagnie d’un voyageur collant, elle prétend être Celia Black, une auteure de best-sellers, sachant que la supercherie ne durera que le temps d’échapper à cet intrus. Mais arrivée à la villa de Celia Black, elle est accueillie comme si elle était réellement l’écrivain…
Sur cette Riviera réinventée, l’auteure arrive à créer un univers étonnant, plein de mystère et de duplicité, qui propose à l’éternelle question «qui suis-je?» une réponse qui n’est pas toujours rassurante. Sans être un roman de genre mais tout en lui empruntant ses codes, Roman noir nous offre une belle digression sur la légitimité, l’imposture et la création. »

 Déjà « dans un futur anticipé » .. cette expression me donne de l’urticaire.

Mon résumé :  Une jeune femme, Alice, est dans un aéroport et elle attend ses bagages dans une promiscuité incantatoire (sic). Un homme la dérange en voulant s’installer à côté d’elle pour discuter. Ça l’ennuie et elle est navrée d’ajouter sa part au gâteau indigeste de la sociabilité de circonstance (sic) . En fait elle est une écrivaine peu connue, et elle arrive dans une sorte de station balnéaire pour riches, où vit également Celia Black, écrivaine connue, dont l’homme à côté d’elle est fan. Ça agace Alice. Alors lorsqu’un taxi avec une pancarte « Celia Black » s’approche, elle y va et monte dans la voiture, et elle prend la maison et la vie de Celia Black.

Le futurisme est juste évoqué, en passant on lit des numéros de dossiers, on lit qu’il y a des « Zones de Transit » et une Fédération de trois zones. (Moi je me réfère du coup à « Hunger Games »), mais c’est à peine évoqué, visiblement elle arrive dans une ville de « riches »… élégants, faisant la fête. Elle y rencontre vaguement un inspecteur de police, appelé « intervenant » pour faire futuriste.  Va-t’il la démasquer ? À part ça et les voitures qui ne roulent plus à l’essence, pour le côté futuriste, c’est tout ce qu’on aura. Des réflexions ou des incidents qui font penser à certains films comme « Color of Night » parce que d’un coup la jeune femme se met à souffrir d’achronisme (on ne voit qu’en noir et blanc)… pourquoi.. mais POURQUOI installer ça dans le dernier quart du livre ?? Ça n’apporte rien du tout au récit ! Ça n’influe pas sur l’intrigue, ne la conforte pas.. d’ailleurs l’intrigue on se rend vite compte qu’il n’y en n’a pas, je n’ai pas compris qui est la morte, pourquoi la morte a mangé un rubis,  pourquoi le gigolo fait chanter Alice, ni quand, pourquoi elle parle de « Petit Frère », juste cette expression, deux fois uniquement, sans explications par la suite, on n’en saura rien. Ni des « flashbacks » de l’intermittant, on n’aura aucune explication de qui il voit. Les personnages sont inintéressant car quasi invisibles ; on aura un changement de couleur de cheveux, car l’héroïne, blonde se fait passer pour l’écrivaine brune, une paire de lunettes, des vêtements colorés. C’est tout pas de description.

C’était une idée de « pitch » intéressante, c’est tombé à plat. J’ai ressenti chez Agnès Michaux comme une envie de comparer cette Celia Black à Amélie Nothomb…  Sauf que….. sauf que n’est pas Amélie Nothomb qui veut.

Le style maintenant : c’est juste atroce.  Ampoulé. Désespérant. Parfois incompréhensible. Des essais d’envolées lyriques à l’aide de mille adjectifs chantournés (scusez, je n’ai pas d’autre mot qui me vient à l’esprit), ça tombe dans l’insoutenable. Et dans le ridicule, finalement. Des réflexions au style psychologie de bazar suivent: Inaptes au matérialisme pur par goût du réconfort, réfractaires au spiritualisme total par sens de la raison et de la modernité.(sic). J’ai relevé des expressions ou des phrases dignes du Moundir de Koh Lanta : Le Général se tourna vers l’impatient Rochmanov qui agrippa solidement le pupitre de ses doigts trapus. Celui-ci éclipsa rapidement le discours de son supérieur[…] (sic) c’est donc le pupitre qui éclipse le discours ??

C’est rempli de phrases comme ça. Insupportables. C’est illisible.

Mon avis :  Je ne comprends pas comment un éditeur a pu publier ce.. machin. On dirait un jeune auteur qui veut faire « genre ».  C’est mal écrit. C’est moche. La couverture est moche (sondage réalisé auprès d’amis facebook), l’histoire est aussi plate qu’Amélie Nothomb, et encore.

N’achetez pas ! C’est un ratage complet. L’objet est trop moche pour caler un meuble. Si vous l’avez, utilisez les pages pour démarrer un feu de cheminée.

Roman noir – Agnès Michaux, Editions Joëlle Losfeld, mars 2018, 235 pages, 18,50€ (escroquerie)

 

 

 

 

L’auteur : Agnès Michaux est une écrivain et traductrice. Spécialiste des écrivains anglo-saxons et de la Venise du XIXe siècle. Animatrice et chroniqueuse à Canal+ (Nulle part ailleurs, La Grande Famille, C. Net, Le Journal du Cinéma, Bande(s) à part), elle a également travaillé sur France Inter, notamment dans l’émission de Stéphane Bern, Le Fou du roi. Elle est l’auteur de deux documentaires sur le cinéma : À la recherche de Stanley Kubrick (1998) et Sur les traces de Terrence Malick (2000). 

Elle a publié :
Le Roman de Venise (anthologie, Albin Michel,1996), Sissi, une vie retrouvée (roman, Éditions 1,1998), Je les chasserai jusqu’au bout du monde jusqu’a ce qu’ils en crèvent (roman, Editions 1, 1999, Le Suaire (roman, Calmann-Levy, 2002), Stayin’ alive (roman, Éditions du Rocher, 2005), Zelda (roman, Flammarion, 2006), Le Témoin (roman, Flammarion, 2009), Les Sentiments (roman, Flammarion, 2010), Kissing My Songs (entretiens avec Nicola Sirkis, Flammarion, 2011), Death is a star – La mort, sa vie son œuvre (anthologie, Flammarion, 2012), Miscellanées à l’usage des gens heureux (anthologie, Autrement, 2014).

Elle a traduit :
Libba Bray, L’Œil du destin : Les Sorcières de Spence (A Great and Terrible Beauty), éditions du Rocher, 2005.
Tatiana de Rosnay, Elle s’appelait Sarah (Sarah’s Key), éd. Héloïse d’Ormesson, 2007.
Matthew Carr, La Mécanique infernale (The Infernal Machine), éd. Héloïse d’Ormesson, 2008.
Tatiana de Rosnay, Boomerang (A Secret Kept), éd. Héloïse d’Ormesson, 2009.

2 commentaires

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s