Folcoche – Emilie Lanez

Ce livre est une vraie bombe. Je n’aime pas ce qui est écrit sur le bandeau, mais bon c’est une accroche pour les lecteurs. Il s’agit ici de Hervé Bazin, l’homme et l’écrivain, qui s’appelle en réalité Jean Hervé-Bazin, ses grands parents paternels ayant décidé d’accoler leur deux noms de famille officiellement. Ironiquement, c’est Grasset qui publie ce brûlot alors que c’était aussi l’éditeur de ce « monstre sacré » de la littérature française. Ce livre a déclenché la mise à jour immédiate de la page Wikipédia de l’écrivain.

Beaucoup n’ont connu sa production littéraire que par « Vipère au poing », qui est une des lectures quasi imposées aux lycéens. Et même aux collégiens. Moi, j’ai trouvé ses livres dans la bibliothèque familiale, des vieux « livres de poche » des années 50. En compagnie de Guy des Cars, de Exbrayat, Simenon, Françoise Mallet-Joris et, heureusement, ma bien-aimée Colette. J’ai eu le droit de piocher dans cette bibliothèque vers mes 16 ans.
Et il y a six ou sept ans j’ai eu un petit goût de « revenez-y » et j’ai relu pas mal de ses livres. Dans les memes vieilles éditions Poche. Et j’ai été effarée par le côté mysogyne d’Hervé Bazin, dans tous ses livres, et aussi le portrait au vitriol d’une bourgeoisie de province qu’il connait parfaitement, rendant ses récits très vivants et agréables à lire.

Emilie Lanez s’est plongée dans les archives policières et judiciaires concernant Jean Hervé-Bazin, dans la correspondance familiale, a rencontré les biographes, les témoins encore vivants de la vie et de la famille de l’auteur, pour découvrir comment, pourquoi Hervé Bazin a publié comme « roman autobiographique » ce Vipère au Poing, racontant la vie du petit presque martyr Brasse-Bouillon aux mains d’une mère tortionnaire. Ce livre contre sa famille sera suivi de deux autres tomes de cet acabit.

En lisant le livre d’Émilie Lanez on découvre la lignée familiale de Jean Hervé-Bazin, une bourgeoisie de province assez aisée, comptant des terres, des fermes et un château, dont les hommes ont fait des études poussées et travaillent dans la magistrature, et cet enfant, très tôt voleur, menteur et fugueur, incapable d’aimer sa mère qui n’arrive pas à aimer ses enfants, car elle connu de la vie de famille que l’enfermement en pensionnat de l’enfance à la fin de l’adolescence.

On découvre tout les efforts de Jacques Hervé-Bazin pour sauver son fils, le seul de ses trois fils qui ne cesse de voler, de fuir, de fuguer, et qui, lorsque Jean a l’âge de travailler, lui trouve des emplois, que le jeune homme occupera trois jour avant de s’enfuir, habitera des hôtels miteux, s’en allant à la cloche de bois, vivant de trafics, de vols, de revente, convaincu de faux et usage de faux par les PTT qui l’emploient, et ce grand écrivain va en fait passer dix-sept ans entre les séjours en asile d’aliénés et en prison, passant même deux ans à Clairvaux.

Ce sont pendant ces deux années à Clairvaux qu’ Hervé Bazin écrira « Vipère au poing ». Je ne vais pas plus raconter le livre : les découvertes que l’on y fait sont poignantes, dérangeantes, déconcertantes, et c’est vraiment une lumière incroyable qui va venir secouer le piédestal que Bazin s’est construit. Un livre passionnant.

Présentation de l’éditeur :

*******Tout le monde a lu Vipère au Poing, premier roman d’Hervé Bazin. Chacun se souvient du récit poignant de son enfance martyre sous la férule de sa mère, la méchante Folcoche (« folle » et « cochonne »). Depuis 1948, le livre est conseillé par les enseignants, lu par des générations de collégiens : il s’est vendu à plus de cinq millions d’exemplaires, a été adapté deux fois au cinéma et vendu dans le monde entier. Roman d’apprentissage, cri de douleur d’un adolescent mal aimé, il a trouvé sa place dans notre patrimoine littéraire et dans notre imaginaire collectif. On lit Vipère au poing pour aller vers l’âge adulte. Et c’est ainsi qu’il a permis à son auteur, Hervé Bazin, de briller sur le monde des lettres jusqu’à devenir le président de l’académie Goncourt.
Voici pour la légende. Car tout est faux. Tout. Intriguée par cette mère haïe de tous et comme un contre-modèle à l’adolescence en crise, Emilie Lanez a enquêté : exhumant les archives policières et les correspondances familiales, retrouvant des témoins de l’époque, elle nous livre une autre histoire, un contre-récit vertigineux qui est l’histoire d’un féminicide littéraire. 
Avant d’être un écrivain célèbre, l’auteur de Vipère au Poing fut un adolescent puis un jeune adulte menteur, qui fugue, vole sans discontinuer, escroque, menace… Poursuivi par la police, condamné par les tribunaux, privé de ses droits, il est interné en psychiatrie plusieurs fois et condamné à des années de prison. Sa famille, notables de province, panique. Surtout sa mère, Paule Hervé-Bazin. Avec maladresse, et rudesse, elle tente tout pour sauver son fils. Qui va la condamner au silence en faisant d’elle un monstre de papier : Folcoche.
À travers l’exploration des archives, Emilie Lanez révèle une famille dévastée par la littérature et comme figée pour l’éternité. Avec ses secrets, ses mensonges, son talent, ses hivers à la centrale de Clairvaux, puis sa gloire éclatante, Hervé Bazin est un personnage de roman fascinant – qui lui est enfin offert ici.
Une enquête hors du commun.*****

Ma note : 5 sur 5

Folcoche – Emilie Lanez, ed Grasset, 192 pages, novembre 2025

13 commentaires

  1. Ah Folcoche ! Elle m’a bien fait peur dans mon enfance ! Alice Sapritch et sa laideur tenait le rôle à la perfection ! Elle m’a marqué !

    Je ne crois pas que je lirai ce livre, mais sait-on jamais s’il tombe entre mes mains…

    Aimé par 2 personnes

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