La carte postale – Anne Berest


Ce livre m’a laissée remplie d’aventures, de dépaysement, de dangers mais aussi de chaleur familiale, et je l’ai dévoré comme un roman d’aventures, et aussi comme un roman policier. Un jour de 2003, la mère d’Anne Berest reçoit une carte postale avec simplement quatre noms : Ephraïm, Emma, Noémie, Jacques. À la table familiale, on regarde, mais bizarrement un silence s’installe au lieu des discussions habituelles. Puis Lélia, la mère, met la carte dans un tiroir, et elle sera oubliée pendant quinze ans.
Parce que quinze ans plus tard,Clara, la fille de l’auteure, dit à sa grand-mêre « C’est vrai que tu es juive ? Maman est juive ? Moi aussi ? Parce qu’à mon école, on n’aime pas trop les Juifs. ». Et là c’est le coup de tonnerre. pour Anne, l’auteur, et par ricochet pour Lélia, sa mère. Ici, à Paris, dans un quartier bien considéré, Anne ne s’était pas définie en tant que « Juive ». Ses parents l’ont plutôt élevée en dehors de toute religion, mais avec un petit côté artiste/anar : le grand-père d’Anne est tout de même Vicente Picabia. Dans ce livre on va rencontrer tout un tas de gens : de la jeunesse qui veut s’affranchir de tout, des peintres, sculpteurs, écrivains, poètes… ce côté-là, Anne connait bien. Par contre, du côté de sa grand-mère maternelle, il y a des secrets.
Alors Anne va se rappeler de la carte postale de 2003, et va se mettre en tête de trouver qui l’a écrite et envoyée.

Aidée par tous les documents amassés au fil des recherches de sa propre mère, Lélia, pendant vingt-cinq ans pour retrouver sa famille, son histoire, Anne va nous emmener à la découverte de sa famille, pas côté Picabia, qu’elle connait, mais du côté Rabinovitch. Car Myriam, sa grand-mère, chez qui elle allait en vacances en Haute-Provence, était pour elle une provençale pur jus, les deux pieds dans la terre caillouteuse. Elle n’aurait jamais imaginé que son nom de jeune fille était Rabinovitch. Ni qu’elle était née en Russie. Et que les noms sur la carte postale étaient ceux du père, de la mère, de la soeur et du frère de Myriam. Tous les quatre morts dans les camps de concentration.

Avec les recherches, les documents, Anne Berest nous ramène cinq générations en arrière, en Russie en 1919. Ephraïm Rabinovitch est d’une bonne famille juive pratiquante, mais il s’en fiche un peu, de la religion. C’est un révolutionnaire. L’auteur a réussi le tour de force de nous plonger dans une vraie enquête, sous forme de roman, redonnant chair aux personnages, ses ancêtres. C’est vif, clair, doux, dur. Nos cinq sens sont pris dans l’histoire, à travers son arrière-grand-mère Emma, pianiste, à travers les repas de fêtes juives, puis à travers d’autres pays, d’autres cieux, plus ensoleillés ou plus durs, car il faut tout le temps fuir. Et se cacher. L’histoire de ses arrière grands parents, partis en Lettonie, puis dans les balkans, puis en Palestine, puis en France. Paris, Evreux, Marseille, la Provence. On vit cette vie fruste et terrorisée d’apatrides, avec les enfants qui arrivent, puis la guerre en 1939, l’Occupation. A Paris, on suit Myriam et Noémie qui font leur scolarité au lycée Fenelon.
Là, dans ma tête je fais un rapprochement avec les soeurs Groult, Flora et Benoite, qui racontent dans leur « journal à quatre mains » leur vie quotidienne avant et pendant la guerre. Tout en étant diamétralement opposées question milieu social : Benoite et Flora Groult sont d’une famille de créateurs huppés, de Poiré à Schiaparelli, en passant par Marie Laurencin…

Dans ce livre on vit d’aventures, de vies vécues de toute l’énergie possible, même à Drancy, même à Pithiviers. On court à la recherche de la vie de Myriam, Myriam qui a toujours gardé le secret de ce qui s’est passé pendant la guerre. La résistance, dans laquelle Myriam et Vicenzo étaient très actifs. On y croise de grands résistants. Les dates, les lieux, tout est ecact. L’auteure à réussi à nous faire aimer chaque personnage, à trembler pour eux, à courir jusqu’à la fin …de l’enquête. Et se questionner sur le fait d’être juif actuellement, ce qui reste quelque fois non dit, qui est dénoncé, qui est menacé. À notre époque. L’antisémitisme toujours présent.

C’est aussi une histoire de transmission, et une histoire de femmes. De ce qu’on veut transmettre, et ce qu’on n’est pas arrivé à transmettre. De rentrer dans l’histoire de sa famille, de chacun, chacune, et de se reconnaitre en eux. Et d’en être fiers.

La carte postale – Anne Berest, Ed Grasset, sortie Août 2021, 500 pages

15e livre de la Rentrée Littéraire Automne

14 commentaires

  1. elle l’a carrément éreinté pour favoriser son compagnon! je suis rarement d’accord avec le choix des Goncourt, la plupart du temps je préfère de loin le choix des lycéens car c’est un choix du cœur qui ne tient pas compte des maisons d’éditions

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