Les femmes n’ont pas d’histoire – Amy Jo Burns

Avant-propos

Il y a quelques mois je suis tombée sur la chaine Youtube de Mark Laita, photographe américain qui, auparavant, travaillait pour de grandes marques de luxe américaines. Depuis 2007 il a abandonné tout ce monde pour aller photographier les plus pauvres des pauvres d’Amérique, dans les « skid rows » de Los Angeles, New York, les habitants des « cours des miracles », et les écouter, parler de ce qui les avait amenés là. Et il est aussi parti filmer et photographier les gens des montagnes des Appalaches, situées en Virginie Occidentale et au Kentucky.
Ces Hillbillies sont les plus pauvres des pauvres, et il est connu pour sa série sur « Appalachian People », et surtout la famille Whittaker. (Je mettrai le lien en bas). Le film « Délivrance » de John Boorman caricature la brutalité de certaines communautés des Appalaches, mais c’est presque ça, parfois. Viols, incestes et tout le bazar. Tout dépend des traditions ou des pasteurs leaders de chaque communauté, qui reste hermétique aux autres, à tout ce qui leur est étranger.

J’ai découvert un monde oublié des autres. Les gens des montagnes. Des Appalaches. Et je continue à les découvrir, ils sont peu connus.Des descendants de pionniers n’ayant pas pu aller plus loin. Qui n’ont eu ni l’électricité ni eau courante avant les années 70. Qui vivent de ce qu’ils peuvent faire pousser sur ces montagnes. Dans une misère physique, morale, mentale, intellectuelle. Avec beaucoup de consanguinité, parce que « ces gens-là » ne se mêlent pas à ceux du monde moderne. Parce qu’ils ont leurs croyances toujours vivaces des prêcheurs manipulateurs de serpents, une dérivation absconse de la foi protestante, ils croient en Dieu, aux miracles et au « Moonshine« . Parce que cet alcool se fabrique la nuit, dans la montagne, près de petits ruisseaux qui sillonnent les ´Appalaches.

Et je suis tombée sur ce livre, aux editions Sonatine, déjà le titre me tentait, et lorsque j’ai lu la 4e de couverture, j’ai foncé !

« Dans cette région désolée des Appalaches que l’on appelle la Rust Belt, la vie ressemble à une damnation. C’est un pays d’hommes déchus où l’alcool de contrebande et la religion font la loi, où les femmes n’ont pas d’histoire. Elevée dans l’ombre de son père, un prêcheur charismatique, Wren, comme sa mère avant elle, semble suivre un destin tout tracé. »

Wren, 15 ans, n’a que sa mère comme seul horizon, comme seul amour. Son père, Briar, est le pasteur de cette petite communauté autocentrée des Appalaches. Depuis toujours, les hommes admis et reconnus comme portant la parole de Dieu sont des manipulateurs de serpents. Briar en a chassé dans sa jeunesse dans les montagnes, il les retient dans un petit cabanon à un ou deux kilometres de la maison, au bord d’une crête. La maison est une cabane aussi, comme la plupart dans cette région. Wren craint son père, idolâtre sa mère, qui lui apprend tout : comment retailler des robes pour elle dans ses vieux vêtements, comment aller se laver dans les ruisseaux, prendre le frais, comment cuisiner le peu qui pousse sur la terre si peu accueillante du Kentucky.

La mère de Wren a une « âme-soeur », sa meilleure amie , Ivy, depuis son enfance. Ivy qui vit avec son mari et leurs enfants dans un vieux mobile home déglingué. Et comme Ricky son mari ne fait rien d’autre que boire le moonshine local, ou se droguer au Fentanyl, c’est Ivy qui fait bouillir la marmite, d’une façon ou d’une autre, en vendant ses conserves ou ses productions au marché local qui se tient au bord de la ville. Ivy et Ruby sont toujours ensemble. S’entraident. Passent leur temps l’une avec l’autre, à se chuchoter des secrets, à parler, à rire, à se détendre. Wren a toujours vu sa mère et Ivy partager leur temps à deux, le plus possible. Les maris sont absents. Et les femmes ne vont pas en ville. Si les hommes y vont, c’est pour se chercher « des ennuis » . Les hommes sont dans la montagne, aussi. Pour chasser, pêcher, prêcher, ou pour fabriquer leur moonshine, de l’eau du ruisseau, du maïs frais, du sucre et de la levure. Les alambics sont bien cachés, car c’est de la contrebande.

Un jour, en descendant avec son chaudron de savon qu’elle veut vendre au marché, Ivy s’enflamme. Près du brasero, dehors. Elle prend feu. Les autres autour veulent appeler le medecin, mais Briar arrive, et impose les mains sur Ivy, pendant que d’autres étouffent le feu. Ruby essaie aussi d’étouffer le feu, et ses mains et ses bras sont atteints.
C’est l’histoire de Ruby et d’Ivy qui va devenir le centre de l’intérêt de Wren, qui va découvrir leur histoire.

Ce livre est une ode à ces gens des montagnes, les Hillbillies. Une ode aux femmes de ces communautés, qui vivent ou survivent sous la coupe de cette religion insensée. Qui ne connaissent rien du monde extérieur. Qui parfois meurent de faim. Qui ont pourtant une vie faite de secrets, d’amour, et d’amitié.

Ce livre est là pour faire pendant à « Délivrance » un peu. Remettre un peu d’aplomb l’image des ces gens des montagnes. C’est juste âpre et magnifique. Un énorme coup de coeur.

[EDIT] Désolée pour ceux qui ont reçu ceci par mail : les différences de taille de police sont vraiment bizarres ! Et pas de mon fait.

Les femmes n’ont pas d’histoire – Amy Joe Burns, editions Sonatine, mars 2021

12 commentaires

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