L’ogre des Ardennes – Stéphane Bourgoin *[edit mai 2020]

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(conclusion de mai 2020 en bas de page)

J’ai acheté ce livre pour voir ce que pouvait bien écrire Stéphane Bourgoin. Ce type est réputé pour être LE spécialiste français des tueurs en série du monde entier. Il en a rencontré et interviewé plusieurs centaines. Mais il me fait une impression bizarre lorsque je le vois dans certaines émissions ou vidéos : dans une émission « normale », il a une voix parfaitement normale. Par contre, lors de ses interviews avec ces tueurs en série, ou juste après, sa voix est anormalement vibratoire et limite tremblante. C’est une chose qui me trouble beaucoup, je ne sais comment expliquer : les tueurs sont souvent enfermés depuis des décennies, entravés, séparés par une vitre. Il est « spécialiste », mais sa voix me semble être le reflet d’une trouille intense, ce qui est extrêmement déstabilisant pour l’auditoire (en cas de conférences) et les télespectateurs ou vidéospectateurs.

Ce qui me trouble également est son positionnement à peine caché : il ne parle pas de psychopathes et autres problêmes psychiques qui ont mené ces hommes à faire ces horreurs, lui, il a dit, et le sous-entend souvent : ce serait le Diable. Il n’approfondit pas sa pensée, il dit que c’est le Mal. J’ai beaucoup de mal avec ça.

Voici une petite bio de l’auteur :

 

Né en 1953, Stéphane Bourgoin est un écrivain français, journaliste, cinéphile et libraire spécialisé dans la criminologie et le roman policier. Chroniqueur de films de série B et d’horreur dans les fanzines Vampirella et L’Écran fantastique, il part en 1974 aux États-Unis où il joue le rôle d’homme à tout faire de producteurs de films à petit budget. En 1976, le viol et le meurtre de sa compagne par un serial killer dans leur appartement de Los Angeles en Californie est à l’origine de son intérêt pour les serials killers. En 1978, sur place aux États-Unis, il s’ouvre à l’enquêteur qui lui fait rencontrer ses premiers serial killers. Pour « exorciser et comprendre », il enquête, rencontre des policiers à l’académie du FBI de Quantico, étudie des dossiers déjà jugés, puis rencontre des criminels sexuels en prison.
Depuis 1979, Stéphane Bourgoin a interrogé 774 serial killers différents sur tous les continents. Autodidacte, il a enseigné au Centre national de formation de police judiciaire (C.N.F.P.J.) de l’école de gendarmerie de Fontainebleau pendant plus de douze ans et est membre fondateur de l’association Victimes en Série (ViES). Il a écrit et co-écrit une bonne centaine de livres sur le sujet des tueurs en série.

Au sujet du livre sur Michel Fourniret :  Les premières 50 pages sont très bonnes : année par année, l’itinéraire de cet homme, ses crimes et délits, vols, allers retours en prison, vie privée, mariage, enfants, et les crimes avoués, chaque victime, les circonstances.  C’est très clair.

Ensuite un chapitre sur la vie de Monique Olivier. Ensuite les interviews retranscrites avec des journalistes qui ont suivi l’affaire, en France et en Belgique, des policiers (SRPJ de Reims, un Procureur du Roi en Belgique, des avocats de parties civiles, le témoignage de victimes et l’association VIES, et les rapports de certains psychiatres qui ont expertisé Michel Fourniret et Monique Olivier.

Il y a donc énormément de redites, on retrouve au mot près dans les témoignages et expertises des phrases que Bourgoin a utilisées et s’est appropriées dans la première partie du livre.

Mon avis : Le grand intérêt du livre, pour moi, est le pointage de chaque faille dans ce dossier de 37 ans d’errance de ce criminel entre la Belgique et la France, et surtout dans toutes les régions de France. Fourniret a passé sa vie à entrer et sortir de prison pour divers actes d’agressions sexuelles depuis ses 17 ans. Il s’en est sorti chaque fois avec de petites peines, et sortait de prison avant la fin de la peine effective. Aucune communication entre les départements, les régions, les services, les juges, pour ce criminel récidiviste qui aurait dû être repéré très vite. Et heureusement ça commence à s’arranger, des fichiers sont mis en place, mais un dossier commun à toute l’Europe n’est pas encore vraiment utilisé. Il manque également un service de cold cases pour réétudier les disparitions non résolues. Ce qu’on commence à faire avec l’affaire Nordhal Lelandais.

Un autre intérêt aussi est la personnalité de Fourniret, décrite par ceux qui ont eu à l’interroger. Un QI très élevé, une haute vision de sa propre intelligence, un mépris total pour les autres, aucune intention de demander pardon, au contraire. Il décrit minutieusement ses crimes lorsque Monique Olivier l’a incriminé et qu’il est obligé d’avouer. Il sait, dit, et les enquêteurs savent qu’il y a eu bien plus de victimes, non retrouvées, et Estelle Mouzin est probablement une de celles-ci. Il a développé une morbide fascination pour la virginité des femmes et des adolescentes, et a probablement eu des relations incestueuses avec sa mère.

La personnalité de Monique Olivier est bien plus complexe : il est avéré que Fourniret ne tuera ses victimes qu’à partir de sa rencontre avec elle. Les enquêteurs sont marqués par les interrogatoires de cette femme, elle reste tassée sur elle même, reste muette des heures durant, des enquêteurs diront d’elle que c’est un « mollusque ». Ce qui tranche avec son QI encore plus élevé que celui de Fourniret. 

C’est elle qui « avouera » les crimes de Fourniret. Certains crimes. Parce qu’elle est loin d’avoir tout dit, elle ne veut pas. Ce qui est marquant lorsqu’on termine ce livre, c’est cette impression que l’ombre de Monique Olivier plane sur tout cela, et qu’on la zappe un peu trop vite.

Stéphane Bourgoin n’a jamais rencontré ni Fourniret ni Monique Olivier. Tout au plus a-t-il assisté au procès de 2008. Cela ne l’empêchera pas de dire à la fin du livre qu’il sent le Mal planer sur lui après avoir rédigé le bouquin…. toujours ce truc bizarre qu’il a avec les criminels.

Livre intéressant, mais seulement la 1 ere partie. La 2e ne sont que des annexes des psys etc. Mais intéressant tout de même.

 

[EDIT] : 07 Mai 2020 : on sait maintenant que Stéphane Bourgoin n’a ni rencontré Fourniret, ni tous les criminels qu’il prétend avoir interrogés, et que ses interventions télévisées sont la démonstration de sa mythomanie.

Stéphane Bourgoin – L’Ogre des Ardennes – Grasset, nov 2018,  283 pages, 19€

2 commentaires

  1. J’aime beaucoup Stéphane Bourgoin en tant que spécialiste des tueurs en série. J’ai lu « Qui a tué le dahlia noir? », « Mes conversations avec les tueurs ». Stéphane Bourgoin explique pourtant les mécanismes psychologiques du tueur en série, comment il en est arrivé là. Lors des interventions sur les plateaux de TV, j’ai remarqué aussi sa voix « tremblotante », est-ce le trac ou alors les interviews des différents tueurs en série qui l’a rencontré? Je sais qu’avec Gerard Schaefer, il a fait une psychanalyse car il n’est pas sorti indemne de cette rencontre qu’il nomme le diable en personne! ツ

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